"Le Temps des chiens" est le second des sept tomes de la série des "Sept Vies de l'Épervier", créée et réalisée par le scénariste Patrick Cothias et le dessinateur André Juillard. "Les Sept Vies de l'Épervier" est la première série d'un cycle bien plus vaste dont elle porte également le nom.
Cothias a écrit la totalité du cycle, qui, outre "Les Sept Vies de l'Épervier", comprend aussi les séries "Masquerouge", "Cœur Brûlé", "Le Masque de fer", "Ninon secrète", "Le Fou du roy", "Plume aux vents", "Le Chevalier, la Mort et le Diable" et "Les Tentations de Navarre". De toutes les séries du cycle, Juillard a illustré "Les Sept Vies de l'Épervier", les trois premiers tomes de "Masquerouge" et "Plume aux vents".
Janvier 1610, à Saint-Germain-en-Laye. Marie de Médicis, sa suite et ses enfants surprennent Henri IV en pleine partie fine. Après avoir mis fin à l'altercation entre la reine et l'une de ses maîtresses, le roi quitte le château pour se rendre au Louvre, où son conseil l'attend. Il voyage avec le dauphin et le poète François de Malherbe. Sur la route, alors qu'ils accélèrent, sur un caprice de Louis, pour rejoindre une voiture, leur convoi est attaqué, par méprise, par des soldats ; le carrosse royal se renverse. Les soldats se confondent en excuses ; ils escortaient deux prisonniers et pensaient avoir affaire à une attaque de hors-la-loi. Le roi demande à voir les prisonniers en question : Léonard Langue-Agile, un poète accusé d'écrits subversifs et Baragouine, une jeune fille quasiment muette qui l'accompagne. Léonard révèle au roi que ses vers lui ont été en réalité enseignés par une étrange vieillarde aveugle. Surpris, Henri déchire le pamphlet, acquittant ainsi Léonard, et la compagnie se remet en route vers le Louvre, dans la voiture carcérale.
En Auvergne, Ariane de Troïl et son frère Guillemot s'entraînent à l'escrime sous les yeux de leur père, le baron Yvon. La jeune fille manie l'épée avec talent. Parmi les serviteurs du baron, certains commencent à douter qu'Yvon soit bien le père d'Ariane. Le justicier masqué, caché, observe Ariane, lui aussi. Mais la jeune fille, apercevant un épervier survolant le domaine, se met soudainement en tête de le suivre afin de retrouver son héros. Guillemot va l'accompagner, bien malgré lui. Cette poursuite va les emmener sur les terres du comte de Bruantfou, qui traque le justicier masqué avec hommes de main et chiens de chasse et montre toute l'étendue de sa cruauté. Le justicier arrive trop tard, d'autant que sa tâche est compliquée par Ariane et Guillemot, qui le poursuivent toujours mais tombent sur les chiens de Bruantfou.
Quant au roi, il arrive à Paris, mais les gardes ne le reconnaissent pas et refusent de le laisser entrer en ville. La foule s'agglutine, les esprits s'échauffent ; un homme (Ravaillac) sort une dague. Alors que les intentions de celui-ci ne font aucun doute, l'étrange vieillarde aveugle intervient...
Cothias continue d'explorer l'histoire de France en mettant en scène sa propre légende. Comme dans le tome précédent, le sentiment d'injustice est de plus en plus présent et le fossé se creuse irrémédiablement entre aristocrates et gens du commun. Mais dans "Le Temps des chiens", ce sont surtout les tensions entre catholiques Ligueurs et protestants qui sont à l'ordre du jour. La Ligue compte encore de fervents supporteurs ; son esprit n'est pas mort et semble renaître, en cette fin de règne. Le scénariste donne vie, avec beaucoup d'humour, aux grands personnages historiques ; Henri IV (et son appétit de plaisirs de la chair), Marie de Médicis (dont la jalousie est ici bien retranscrite), le dauphin (et ses caprices) et Malherbe (le poète et homme de lettres).
Comme dans le tome précédent, le travail sur le vocabulaire et les dialogues est remarquable (bien que la relecture n'ait pas corrigé ce problème décidément récurrent de ponctuation aléatoire).
Comme dans le tome précédent, le travail sur le vocabulaire et les dialogues est remarquable (bien que la relecture n'ait pas corrigé ce problème décidément récurrent de ponctuation aléatoire).
Les dessins de Juillard se maintiennent au même niveau d'excellence : finesse et précision du trait, diversité des physionomies, travail sur les attitudes et poses corporelles, soin donné aux paysages, bâtiments et vêtements, et fonds de cases détaillés.
La gestion de la double intrigue dans ce second tome et son découpage pourront sembler moins équilibrés que dans le précédent, les événements se déroulant en Auvergne passant au second plan, sauf lors des dernières pages. La toile du destin se tisse doucement.
Même si ça fait plus de 15 ans que j'ai lu cette série, la justesse de tes 2 § sur le début du récit m'a fait remonter des images en tête, en particulier l'incursion dans les terres du comte de Bruantfou.
RépondreSupprimerIntéressant : c'est un point de vue qui ne me serait pas venu à l'esprit de regarder commet les auteurs donnent vie aux personnages historiques, n'ayant moi-même pas d'avis dessus, à moins qu'ils ne soient contemporains et que je m'y sois intéressé.
Les dessins de Juillard se maintiennent au même niveau d'excellence : ça me rappelle une remarque que tu faisais sur le fait qu'il avait atteint sa pleine maturité artistique assez tôt et qu'il n'avais pas évolué depuis, dans ton commentaire pour le tome 1 de la série Léna, avec Pierre Christin.
Je crois que c'était Juillard lui-même, dans un entretien accordé à un magazine en ligne, qui affirmait que son style n'avait pas vraiment évolué depuis.
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