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vendredi 27 novembre 2020

Olympus Mons (tome 6) : "Einstein" (Soleil ; septembre 2019)

"Olympus Mons" est une série de bande dessinée de science-fiction. Lancée en 2017 par le Français Christophe Bec et l'Italien Stefano Raffaele, elle est publiée dans la collection "Fantastique Soleil" de l'éditeur Soleil (vendu à Groupe Delcourt en 2011) depuis 2017. Sorti en septembre 2019, "Einstein" est le titre du sixième volet et clôt ce premier cycle. Cet album format 23,3 × 32,3 à couverture cartonnée contient cinquante-six planches. 
Bec, qui a écrit le scénario, est connu pour "Androïdes", "Bikini Atoll", "L'Aéropostale, des pilotes de légende", ou "Carthago", entre autres. Raffaele réalise les illustrations et l'encrage ; il a non seulement œuvré sur de la BD européenne, mais aussi sur des comics, en particulier "Hellboy", "X-Factor", "Batman", "Birds of Prey", "Conan the Barbarian", "Eternal Warrior" ou encore "Hawkeye"... La mise en couleur a été déléguée aux Indiens de Digikore Studios, qui travaillent souvent avec Soleil. Enfin, les couvertures de la série ont toutes été confiées à Pierre Loyvet

À l'issue du tome précédent, Elena Chevtchenko est repérée par un drone ; Nina Kulagina demande alors à Aaron Goodwin de l'aider à se matérialiser pour attirer l'attention de cet appareil. 
Une plateforme à l'intérieur d'une structure extraterrestre cyclopéenne. Plusieurs lits y sont disposés. Un extraterrestre dont le corps est recouvert de pustules meurt sur le sien ; sa cage thoracique explose, et ses entrailles se répandent autour de lui. Les androïdes qui assistent à son trépas sont aspergés par les giclures de ses fluides corporels. Un portail s'ouvre ; dehors, les combats font rage. Les cieux assombris sont envahis de vaisseaux spatiaux, tandis qu'au sol, les explosions de multiplient. Les robots tentent une sortie pour jouer leur rôle dans la bataille ; ils sont aussitôt annihilés par un drone. Au sol, l'ennemi et ses engins de guerre avancent de façon implacable et méthodique... 

Avec ce sixième tome vient l'heure des explications et des révélations. Tout devient soudainement clair. L'ouverture consiste en quatre pages sans texte, aussi lugubres qu'apocalyptiques. Puis Bec connecte toutes les lignes narratives de sa saga. Il n'oublie ni l'action (les scènes de combat), ni le spectacle (les grandes manœuvres et les émeutes), ni l'émotion, surtout centrée sur le personnage d'Aaron Goodwin, plus que jamais nimbé de son aura de prophète tragique. Le scénariste parvient également à insuffler une certaine forme de lyrisme à son histoire en évoquant cette volonté sincère des grandes puissances de collaborer, d'abord militairement pour éliminer la menace en mer de Barents, ensuite scientifiquement pour ramener le commandant Elena Chevtchenko de Mars sur la Terre. Pour autant, le récit est loin d'être exempt de faiblesses. Quelques séquences sont même à peine compréhensibles, l'auteur renonçant délibérément à l'utilisation de cartouches, peut-être pour renforcer l'aspect cinématographique de la narration : par exemple, c'est le cas du sous-marin qui est détruit sans que les lecteurs sachent à la flotte de quelle nation il appartient ou du moyen employé pour abattre le drone pris au piège dans le sas. C'est d'ailleurs un défaut récurrent de cette série. Enfin, d'aucuns trouveront rafraîchissant le parti pris prorusse plutôt que prooccidental. Bien que les événements se suivent de façon cohérente et sans invraisemblance majeure, certains pourront regretter, à l'issue de la lecture de ce dernier volet du premier cycle, que Bec, au long des six tomes, se soit dispersé dans des séquences sans réelle importance - et surtout : sans conclusion - et que le dénouement soit si compressé, au fond. La densité et la variété de l'intrigue et la caractérisation des personnages sont les points forts du titre, en revanche. Quant à la partie graphique, elle présente, malheureusement, les mêmes imperfections que dans les cinq volumes précédents. Le style réaliste de l'artiste affiche des postures naturelles et les décors et les véhicules sont soignés. Mais les visages sont parfois terriblement ratés : traits imprécis ou méconnaissables, asymétrie, yeux de tailles différentes, reliefs irréguliers, nez disproportionnés, etc. Certains personnages sont à peine identifiables. Il est difficile d'établir si c'est Raffaele qui a bâclé ses dessins - lui fallait-il un encreur ? - ou si c'est la mise en couleur qui nuit aux détails. Les visages souffrent de teints mal choisis, de brillances ou de zones d'ombre mal placées. Constatons quoi qu'il en soit que Digikore ne participe pas au second cycle. 

"Einstein" clôt le premier cycle de façon satisfaisante. Avec le recul des six tomes, deux défauts majeurs émergent : un dispositif narratif qui manque de clarté, et une partie graphique trop inégale. Espérons que le tir sera rectifié dans le second cycle. 

Mon verdict : ★★★★☆

Barbüz
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dimanche 2 août 2020

Olympus Mons (tome 5) : "Dans l'ombre du soleil" (Soleil ; janvier 2019)

"Olympus Mons" est une série de bande dessinée de science-fiction en six numéros. Créée en 2017 par le Français Christophe Bec et l'Italien Stefano Raffaele, elle est publiée dans la collection Fantastique Soleil de l'éditeur Soleil (vendu à Delcourt en 2011) entre janvier 2017 et septembre 2019. "Dans l'ombre du soleil" (janvier 2019) est le titre du cinquième volet ; ce tome cartonné (format 23,3 × 32,3) contient quarante-sept planches. 
Bec, qui a écrit le scénario, est connu pour "Androïdes", "Bikini Atoll", "L'Aéropostale, des pilotes de légende", ou "Carthago", entre autres. Raffaele réalise les illustrations et l'encrage ; il a non seulement œuvré sur de la BD européenne, mais aussi sur des comics, en particulier "Hellboy", "X-Factor", "Batman", "Birds of Prey", "Conan the Barbarian", "Eternal Warrior" ou encore "Hawkeye"... La mise en couleur a été déléguée aux Indiens de Digikore Studios, qui travaillent souvent avec Soleil. Enfin, les couvertures de la série ont toutes été confiées à Pierre Loyvet

À l'issue du tome précédent, Elena Chevtchenko localise une caverne ; elle y descend. Elle y trouve un centre de commande, mais elle est inopinément attaquée par un androïde en armure. 
Aaron Goodwin et l'agent du FSB Daria Grichenko sont à bord d'un avion de la British Airways à destination des États-Unis, qui a quitté la Russie ; Aaron part retrouver Jillian, sa compagne, qui a perdu leur enfant à la suite d'une fausse couche. Pendant leur vol, il raconte à son accompagnatrice comment son don de médium s'est manifesté : à l'âge de cinq ans, il a subi un choc cardiorespiratoire pendant une banale opération chirurgicale. Son visage a bleui et l'équipe médicale, qui ne trouvait plus de pouls, a alors immédiatement lancé une phase de réanimation, avec utilisation les défibrillateurs. Mais Aaron est revenu à la vie sans que le médecin ne fournisse d'explication satisfaisante... 

Comme les autres tomes, "Dans l'ombre du soleil" comprend son lot de révélations, à commencer par les origines du don de médium d'Aaron Goodwin. "Olympus Mons", jusqu'ici, évoluait dans un double registre : beaucoup de science-fiction avec un peu de fantastique. Là, Bec explore un peu plus la seconde dimension en évoquant ces ombres qui s'invitèrent dans le quotidien d'Aaron, après une opération chirurgicale compliquée à cinq ans ; les silhouettes pourront rappeler l'univers visuel du cinéaste Tim Burton autant que celui des ombres chinoises. Évidemment, l'enfance de Goodwin s'accompagne malheureusement des poncifs habituels qui ne surprendront pas le lecteur : scolarité difficile, isolement social, et bien entendu incompréhension et brimades de ses camarades de classe. La gestion de l'intrigue, bien qu'elle continue à avancer en apportant son lot d'explications bienvenues, est victime d'un déséquilibre ; les scènes sur Mars avec Elena représentent un tiers des planches à elles seules. Les autres (Goodwin, les tensions en mer de Barents, l'équipe de Tracker Legends et celle de l'Oceans' Pathfinder, les services russes, et la ligne chronologique avec les Vikings en 1013) doivent se partager ce qui reste. La rencontre entre la cosmonaute et l'androïde est néanmoins le point d'orgue de ce volume : quoique Bec parvienne difficilement à éviter l'écueil du modèle éculé des dialogues pleins de poncifs entre une intelligence extraterrestre supérieure et des humains, il réussit à retranscrire avec conviction un début de camaraderie voire de complicité étrange, sans faire passer Elena pour un anthropopithèque. L'ensemble des lignes narratives subsistantes doivent se partager trente planches et tout semble devoir s'accélérer - de manière pas complètement persuasive - afin qu'aucune ne prenne de retard par rapport aux autres, et que la somme reste synchrone ; les lecteurs auront la sensation d'être ballottés d'un endroit ou d'une époque à la suivante, et de survoler l'action. L'humour, enfin (il y en a peu), tombe à plat, à l'instar de la présentatrice, qui juge spirituel d'évoquer des références cinématographiques alors que la planète est à l'aube d'une troisième guerre mondiale. S'il s'agit de moquer les médias, cela manque de finesse. La partie graphique affiche les carences habituelles. Les finitions des illustrations et l'encrage sont très insuffisants : une conséquence du traitement par ordinateur ? L'artiste produit pourtant de magnifiques gros plans sur les visages, mais ses plans plus éloignés sont terriblement ratés, et les regards souffrent souvent de strabisme. 

En plus de dessins dont les défauts sautent aux yeux lorsque l'on s'y attarde, la narration de "Dans l'ombre du soleil" pourra laisser un goût de déception ; toutefois, ces séquences sur Mars, mettant en scène Chevtchenko et Einstein, sont convaincantes. 

Mon verdict : ★★★☆☆

Barbüz
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dimanche 24 mai 2020

Olympus Mons (tome 4) : "Millénaires" (Soleil ; septembre 2018)

"Olympus Mons" est une série de bande dessinée de science-fiction en six numéros. Créée en 2017 par le Français Christophe Bec et l'Italien Stefano Raffaele, elle a été publiée dans la collection Fantastique Soleil de l'éditeur Soleil (vendu à Delcourt en 2011) entre janvier 2017 et septembre 2019. "Millénaires" (de septembre 2018) est le titre du quatrième tome. Cet album cartonné au format 23,3 × 32,3 inclut cinquante-cinq planches.
Bec, qui a écrit le scénario, est connu pour "Androïdes", "Bikini Atoll", "L'Aéropostale, des pilotes de légende", ou "Carthago", entre autres. Raffaele réalise les illustrations et l'encrage ; il a non seulement œuvré sur de la BD européenne, mais aussi sur des comics, en particulier "Hellboy", "X-Factor", "Batman", "Birds of Prey", "Conan the Barbarian", "Eternal Warrior" ou encore "Hawkeye"... La mise en couleur a été déléguée aux Indiens de Digikore Studios, qui travaillent souvent avec Soleil. Enfin, les couvertures de la série ont toutes été confiées à Pierre Loyvet

À l'issue du tome précédent, Lodygin est le seul survivant du commando de plongeurs de combat russes ; il est surpris par les humanoïdes. Elena, sereine, part pour l'Olympus Mons en rover. 
Au Kazakhstan, sur le site du cosmodrome de Baïkonour, il y a plusieurs années. Une jeune Elena Chevtchenko pose une pièce d'un rouble sur le rail du chemin de fer. Son père l'a amenée assister au lancement d'une fusée. Le convoi ferré qui transporte cette dernière est en approche. Le colosse aux réacteurs menaçants est acheminé vers le pas de tir. Le montage durera toute la nuit. Sous les étoiles, la petite Elena est béate d'admiration. 
Royaume d'Urartu, 334 av. J.-C. Alexandre le Grand et ses cohortes quittent le site d'Erebouni. Ils y ont passé deux semaines, et les nuages sont restés accrochés au sommet du mont Ararat... 

Cinquante-cinq planches par-ci ; quarante-six par-là... Le déséquilibre entre les volumes pourra surprendre, et d'aucuns commenceront à se dire qu'il est préférable de lire "Olympus Mons" en une version intégrale qui paraîtra assurément un jour. Néanmoins, "Millénaires" est le tome qui propulse l'intrigue d'un grand bond en avant. En effet, à l'issue du troisième volet, celle-ci n'avait pas encore avancé de façon satisfaisante, mais voici un volume qui contient son lot de révélations tout en conservant la complexité narrative qui nourrit le mystère ambiant propre au titre, amplifié par une atmosphère de catastrophe latente, autre caractéristique majeure de la série. Bec fait courir ce mystère sur plusieurs lignes temporelles, et alimente le mythe en déclinant le processus à plusieurs périodes ; certaines ne comptent qu'une seule et unique planche - c'est le cas d'Alexandre le Grand, qui ne verra pas le sommet du mont Ararat - tandis que d'autres sont développées, au grand plaisir des lecteurs. Par exemple, l'avalanche de l'Ararat au début du XIe siècle, qui détruit le village anatolien d'Akori, ou ce groupe de croisés (l'action se déroule en 1097) qui se sont écartés de l'expédition principale pour mener la leur à la recherche de l'Arche de Noé (quatre planches). À l'issue de ce tome, il est hautement probable que les lecteurs aient abandonné l'idée de connecter les événements en dépit de l'intérêt qu'ils suscitent dans ce cadre narratif, comme il est aussi fort possible que beaucoup aient renoncé à toute forme de sympathie envers certains personnages, beaucoup de protagonistes ayant rapidement disparu, de nombreux autres ayant fini noyés dans la masse des intervenants. Seuls deux d'entre eux - malgré les expériences terribles qu'ils ont déjà vécu et celles qui les attendent encore - sont toujours présents : Aaron Goodwin, le médium travaillant maintenant pour les Russes, et Elena Chevtchenko, désormais isolée sur Mars. La partie graphique en laissera plus d'un sceptique. Les visages de Raffaele sont souvent à géométrie variable, et leur harmonie est malmenée par des yeux qui manquent de symétrie. Et, surtout, l'expressivité n'est pas l'aspect le plus convaincant du style de l'artiste. Tour à tour léger et excessif, l'encrage n'est pas assez régulier. Depuis le tout premier tome, le rendu des dessins pâtit d'un encrage et d'une mise en couleur des visages insatisfaisants ; ceux-ci ont une apparence luisante et souffrent de contrastes saturés des teints. L'insuffisance flagrante de diversité des physionomies est une gêne récurrente à l'identification des abondants figurants. 

"Millénaires" est sans doute l'un des albums les plus aboutis depuis le commencement de la série. Et bien que la partie visuelle demeure un gros point faible, il relance l'intérêt des lecteurs qui se serait éventuellement étiolé à l'issue du troisième tome. 

Mon verdict : ★★★★☆

Barbüz
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dimanche 2 février 2020

Olympus Mons (tome 3) : "Hangar 754" (Soleil ; janvier 2018)

"Olympus Mons" est une série de bande dessinée de science-fiction en six numéros. Créée en 2017 par le Français Christophe Bec et l'Italien Stefano Raffaele, elle a été publiée dans la collection Fantastique Soleil de l'éditeur Soleil (qui a été vendu à Delcourt en juin 2011) entre janvier 2017 et septembre 2019. "Hangar 754" (janvier 2018) est le titre du troisième tome. Cet album cartonné grand format comprend quarante-six planches.
Bec, qui a écrit le scénario, est connu pour "Androïdes", "Bikini Atoll", "L'Aéropostale, des pilotes de légende", ou "Carthago", entre autres. Raffaele réalise les illustrations et l'encrage ; il a non seulement œuvré sur de la BD européenne, mais aussi sur des comics, en particulier "Hellboy", "X-Factor", "Batman", "Birds of Prey", "Conan the Barbarian", "Eternal Warrior", ou encore "Hawkeye". La mise en couleur a été déléguée aux Indiens de Digikore Studios, qui travaillent souvent avec Soleil. Enfin, les couvertures de la série ont toutes été confiées à Pierre Loyvet

À l'issue du tome précédent, Henning et ses plongeurs ouvrent l'écoutille de "l'Anomalie", mais ils sont aussitôt cernés pas des drones. Hantée par ses visions, Marta Kulgina fuit son domicile. 
Mars, il y a longtemps. Trois astronefs, identiques en tous points à l'Anomalie de la mer de Barents, décollent de leur planète et, en formation, traversent l'espace à une vitesse fulgurante, vraisemblablement en direction de la Terre. Île d'Hispaniola, à la péninsule de Samaná (située en actuelle République dominicaine). Peu après, quelques silhouettes humanoïdes émergent de la jungle. Une armure intégrale et dorée recouvre leur corps. La visière de leur casque est animée par un écran diffusant des idéogrammes inconnus. Ils parcourent une vaste clairière, puis continuent leur chemin, avant d'arriver en vue d'une cité lacustre qui a été bâtie à côté d'une chute d'eau spectaculaire... 

Bec s'emploie à démêler les multiples fils chronologiques de son intrigue, révélant quelques éléments au compte-gouttes. L'album commence par une série de quatre planches sans paroles, à l'exception du cartouche de la toute première case. Devant ces scènes qui défilent, le lecteur, captivé, ne pourra pas s'empêcher de se livrer aux spéculations les plus folles. Le scénariste alimente les autres lignes temporelles : l'exploration des côtes américaines par les navires de l'expédition de Christophe Colomb ou encore la mission russe de 1949 en Turquie sur le mont Ararat. "Hangar 754" est le premier tome dans lequel l'auteur ne lance pas de nouvelle sous-intrigue. C'est également le plus spectaculaire, en tout cas jusqu'ici. L'un des membres de l'équipe de Tracker Legends subit le même sort terrifiant que ces soldats soviétiques soixante-dix-sept ans plus tôt. Bec dépeint ces courses folles et ces incroyables prises de risque : d'un côté, les autorités militaires de l'URSS qui, sans grande émotion apparente, doivent faire face aux dégâts collatéraux parmi leurs propres troupes, et de l'autre, les trois jeunes aventuriers, prêts à tout pour conserver l'exclusivité de la découverte de la mystérieuse épave, sans oublier le groupe de plongeurs d'Oceans' Pathfinder, résolus à percer une ouverture malgré tous les avertissements. Enfin, les premiers affrontements physiques ont lieu, apportant une rupture narrative et une légère et temporaire dissipation de cette atmosphère d'inéluctable apocalypse. Tout en parvenant à happer le lecteur, le scénario souffre de quelques faiblesses en matière de narration ; ainsi, le sous-marin soviétique (il rappellera la tragédie du K-141 Koursk) est soudainement bloqué dans les profondeurs à la suite d'un enchaînement d'événements qui manque de limpidité. Idem avec Marta Kulgina ; le lecteur sera tenté de revenir quelques pages en arrière pour s'assurer qu'il n'a rien raté. L'affrontement entre hommes-grenouilles pâtit de ce même défaut. "Olympus Mons" et "Hangar 754" présentent néanmoins une approche rafraîchissante (si elle se confirme, toutefois) : les véritables héros de cette saga seraient donc les Russes plutôt que les Occidentaux. La partie graphique est moins satisfaisante que celle des deux numéros précédents. Les visages, surtout, souffrent d'une irrégularité chronique dans les traits des protagonistes ; Raffaele brosse des portraits aboutis, mais il est probable qu'il soit moins à l'aise avec les plans plus éloignés, à moins que cela ne soit dû à l'encrage ou à la mise en couleur, qui tapisse les illustrations d'une pellicule terne. 

"Hangar 754" présente quelques faiblesses narratives. La partie graphique ne parvient pas à convaincre entièrement et montre également des irrégularités. La qualité de l'intrigue est toujours réelle ; elle réussit, en partie, à combler ces insuffisances. 

Mon verdict : ★★★☆☆

samedi 7 décembre 2019

Olympus Mons (tome 2) : "Opération Mainbrace" (Soleil ; septembre 2017)

"Olympus Mons" est une série de bande dessinée de science-fiction en six numéros. Créée en 2017 par le Français Christophe Bec et l'Italien Stefano Raffaele, elle a été publiée dans la collection Fantastique Soleil de l'éditeur Soleil (qui a été cédé au groupe Delcourt en juin 2011) entre janvier 2017 et septembre 2019. "Opération Mainbrace" est le titre du second tome. Cet album cartonné grand format comprend quarante-six planches.
Bec, qui a écrit le scénario, est connu pour "Androïdes", "Bikini Atoll", "L'Aéropostale, des pilotes de légende", ou "Carthago", entre autres. Raffaele réalise les illustrations et l'encrage ; il a non seulement œuvré sur de la BD européenne, mais aussi sur des comics, notamment "Hellboy", "X-Factor", "Batman", "Birds of Prey", "Conan the Barbarian", "Eternal Warrior", ou encore "Hawkeye". La mise en couleur a été déléguée aux Indiens de Digikore Studios, qui travaillent souvent avec Soleil. Enfin, les couvertures de la série ont toutes été confiées à Pierre Loyvet.

À l'issue du tome précédent, le véhicule des cosmonautes soviétiques ne redémarre pas. Ils n'ont pas suffisamment d'oxygène pour repartir. Il n'y a des réserves que pour un seul d'entre eux.
Juillet 1013 après J.-C., en mer du Nord. Des drakkars voguent sous un ciel menaçant. La flottille est sous le commandement de Svein Ier, roi du Danemark. Un marin déplore la nouvelle nuit sombre qui s'annonce. Un second, Svölder, ne comprend pas comment Svein fait pour se repérer sans voir les étoiles. Son compagnon semble trouver inquiétante cette absence de signes à la surface d'une eau aussi noire que l'encre d'un calamar. Svölder est apostrophé par Svein lui-même, qui lui déconseille de trop se pencher par-dessus bord, car les abîmes pourraient l'attirer à eux et l'engloutir. Svölder lui demande alors comment il peut être si sûr qu'ils voguent vers les côtes de l'Est de l'Anglia...

Bec continue à déployer une histoire de grande ampleur ; son scénario couvre en effet plusieurs lignes temporelles et se produit sur trois, voire quatre continents. Le contenu de ce second album est révélateur de l'étendue des recherches du narrateur pour les besoins de son intrigue. Commençons par le titre, "Mainbrace", qui fut le nom donné aux premières manœuvres militaires des flottes de l'OTAN, qui se déroulèrent en 1952, et qui trouvent écho dans les événements contés ici. L'auteur, après Christophe Colomb dans "Anomalie un", utilise une nouvelle page d'Histoire : le débarquement en Angleterre de Svein Ier, qui, avec l'aide des Vikings danois, conquit le pays et s'installa sur le trône. Il "emprunte" ensuite un autre personnage, Gleb Ivanovitch Boki, un responsable politique soviétique qui, selon certaines sources, dirigea des enquêtes sur des phénomènes paranormaux en URSS dans les années 1920 et 1930, avant d'être arrêté, puis fusillé sur ordre d'une troïka du NKVD en 1937. Quant à Marta Kulgina, nul doute qu'elle est inspirée de Nina Kulagina (1926-1990), une prétendue médium russe qui fut instrumentalisée par la propagande soviétique dans les années soixante. Bec exploite brillamment les trous et les figurants de l'Histoire pour apporter de la matière à son récit et le nimber d'une aura réaliste, en renforçant ainsi la puissance. Pour le reste, Bec nous sert une intrigue toujours aussi captivante, entre tensions internationales, opérations clandestines, et sensation permanente de catastrophe imminente. Les pages de ce second tome sont davantage centrées sur le volet russe du scénario (la solitude d'Elena Chevtchenko, les expériences de la Chambre noire), tandis que Dan Henning et Aaron Goodwin sont perceptiblement moins présents, ou apparaissent dans des séquences plus courtes. Le récit, malgré sa complexité du fait des nombreux intervenants et des lignes temporelles différentes, est néanmoins équilibré ; aucun protagoniste n'est oublié. Notons la qualité des dialogues, sans maniérisme. Même l'humour s'est discrètement invité. Dans l'ensemble, la partie graphique est satisfaisante. Les visages ne sont pas toujours réguliers. Ils pâtissent d'un aspect lisse qui ne fait que souligner l'absence de détail, dont la cause est sans aucun doute un encrage bien trop léger, et une mise en couleur froide et terne, certainement réalisée au moyen d'un ordinateur. Bien que le découpage, classique, présente une articulation limpide de l'action, certaines scènes manquent de clarté, du fait de signes distinctifs insuffisants pour déchiffrer tel au tel passage.

"Opération Mainbrace" confirme la réussite du premier volume ; le lecteur retrouve cette ambiance tendue d'inéluctable catastrophe planétaire due à l'irresponsabilité des hommes. Mais certains regretteront le manque de soin apporté aux illustrations.

Mon verdict : ★★★★☆

Barbuz

samedi 21 septembre 2019

Olympus Mons (tome 1) : "Anomalie un" (Soleil ; janvier 2017)

"Olympus Mons" est une série de bande dessinée de science-fiction, créée en 2017 par le Français Christophe Bec et l'Italien Stefano Raffaele, en six tomes (publiés entre janvier 2017 et septembre 2019), sortie dans la collection Fantastique Soleil de l'éditeur Soleil (qui a été cédé au groupe Delcourt en juin 2011). "Anomalie un" en est le premier numéro ; c'est un album cartonné grand format qui compte cinquante-quatre planches.
Bec, qui écrit le scénario, est connu pour "Androïdes", "Bikini Atoll", "L'Aéropostale, des pilotes de légende", ou "Carthago", entre autres. Raffaele réalise les illustrations et l'encrage ; il a non seulement œuvré sur des titres de BD européenne, mais aussi sur des comics, "Hellboy", "X-Factor", "Batman", "Birds of Prey", "Conan the Barbarian", "Eternal Warrior", ou "Hawkeye", notamment. La mise en couleur est produite par les Indiens de Digikore Studios, qui travaillent souvent avec Soleil. Enfin, les couvertures des recueils de la série sont signées Pierre Loyvet.

An de grâce 1492, quelque part dans l'océan Atlantique. Le moral de l'équipage des trois caravelles de l'expédition organisée par Christophe Colomb est au plus bas. En traversant la mer des Sargasses, à la surface recouverte d'algues flottantes, les marins craignent de s'enliser dans ces eaux maudites. Colomb, debout à la proue à côté du mat de beaupré afin de pouvoir scruter l'horizon, se veut rassurant ; il est trop tard pour reculer. Ils iront donc jusqu'au bout en gardant le cap au sud-ouest. Il demande à ses hommes d'avoir confiance en lui. D'ici peu, ils jetteront l'ancre sur un rivage inexploré. Les matelots ne le voient pas de cette façon. L'un d'eux pense que Colomb est prêt à les mener à la mort pour faire fortune. Un second estime que ce voyage est sans fin, et qu'ils sont perdus au milieu de nulle part. D'autres s'accordent à dire qu'il est fou, qu'il ne sait même pas où ils vont, et que se débarrasser de lui les sauvera...

Avec "Anomalie un", qui ouvre "Olympus Mons" (le titre de la série est tiré du nom d'un volcan sur Mars), Bec entame une ambitieuse saga de science-fiction, qui se décline en deux lignes temporelles et qui suit le destin de quatre individus ou groupes d'individus. D'abord, il y a Christophe Colomb, son expédition, ses marins, la découverte des Bahamas, et les premières rencontres avec les indigènes, en octobre 1492. La deuxième époque est l'année 2026 ; là, le scénariste convie le lecteur à assister à quatre sous-intrigues, dont certaines sont amenées à se recouper rapidement. Il y a Dan Henning, un explorateur intrépide, un chasseur d'épaves toujours à la recherche de financements pour son navire, l'Oceans' Pathfinder, et son équipage. L'équipe de Tracker Legends (la logique de la langue anglaise voudrait que ce soit plutôt Legend Trackers, mais soit), avec Mark et deux autres, trois aventuriers québécois qui espèrent une découverte archéologique ; le dossier qu'ils suivent les a amenés en Turquie. Puis, la mission russe sur Mars, composée de trois cosmonautes, dont une femme, le commandant Elena Chevtchenko ; ils "atterrissent" au pied de l'Olympus Mons. Le premier être humain à poser le pied sur la planète rouge sera une femme. Enfin, Aaron Goodwin, un médium consulté par la police (l'inspecteur Allder, qui a des petits airs de John Lithgow) à retrouver deux sœurs jumelles âges de huit ans, Julie et Shannon Kimmel, qui ont été enlevées dans l'Iowa, du côté de Des Moines ; Goodwin a des visions, mais qui n'ont pas grand-chose à voir avec l'enquête, malheureusement pour lui. Cela le perturbera grandement. Au total, c'est ainsi pas moins de cinq tranches de vie que l'auteur nous invite à suivre ; quelle qu'elle soit, chacune d'entre elles sera toujours comme nimbée d'une atmosphère de drame, de tragédie imminente, de sensation de fin du monde, et d'inquiétant mystère. Bec nous livre donc une histoire complexe, captivante dès la première planche, et parvient à éviter l'écueil de se perdre dans toutes ses sous-intrigues, ou de ne pas les équilibrer de manière régulière. Raffaele présente un trait réaliste, avec des personnages expressifs, une variété satisfaisante des physionomies, et une belle diversité de plans. Son découpage - parfois jusqu'à cinq bandes - affiche un format classique, avec une utilisation fréquente de l'insert. Son encrage n'est peut-être pas suffisamment marqué, et donne comme l'impression d'avoir été estompé par une mise en couleur qui laisse un reflet presque artificiel aux visages, malheureusement.

"Anomalie un" plonge immédiatement le lecteur dans une inquiétante ambiance de mystère. La série s'ouvre de manière prometteuse sur un premier volume réussi au niveau du scénario et des dessins malgré une réserve à l'égard de la mise en couleur.

Mon verdict : ★★★★☆

Barbuz