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vendredi 15 septembre 2017

Le Mercenaire (tome 13) : "La Délivrance 2" (Glénat ; mai 2004)

"Le Mercenaire" est une série de bande dessinée créée et réalisée (scénarisée, illustrée, encrée et mise en couleur) par l'artiste espagnol (catalan) Vicente Segrelles. Elle a d'abord été publiée en Espagne à partir de mars 1981, dans le premier numéro du journal "Cimoc", sous le titre "El Mercenario". En France, elle a été publiée dans le magazine Circus, qui appartenait aux éditions Glénat. C'est chez Glénat que paraîtront les treize tomes de cette série médiévale fantastique (qui peut être, hélas, considérée comme finie), entre 1982 et 2004.
"La Délivrance 2" ("El rescate II" en VO), le dernier tome de la série, est la seconde partie d'une histoire en deux volets (la première moitié est relatée dans le douzième volume, "La Délivrance"). Cet album de quarante-six planches, sorti chez Glénat en mai 2014, ne compte, à ce jour, qu'une seule édition.

À l'issue du tome précédent, le chef d'État des lézards convoque le Mercenaire à la Machine de la Vie. L'ordinateur signale que le Mercenaire est déjà venu à bord. Le dirigeant estime que le moment d'ouvrir leur civilisation au le monde extérieur est arrivé. Karim reste avec les survivantes de la montgolfière pour fonder une nouvelle civilisation. L'ambassadeur des lézards rencontre le Lama, qui apprend qu'ils sont confrontés à des problèmes de natalité. Le Lama révèle que ce sont les lézards qui autrefois insufflèrent leur intelligence aux humains.
Suite à un coup d'État, le président Worwok est en état d'arrestation ! La junte militaire a pris le pouvoir chez les lézards. Wor a aussitôt envoyé un messager prévenir la communauté du Cratère d'une offensive, mais le message a mis trop de temps à parvenir au Mercenaire, au Lama et à Nan-Tay, et tous trois comprennent que l'attaque est imminente. Le gong résonne et la Machine de la Vie est en approche. Le Grand Lama a un plan.
L'armée des lézards a débarqué. L'effet de surprise a fonctionné. Trois humains ont été abattus. Deux ne répondent pas à l'appel. Les captifs, le Grand Lama et Nan-Tay au premier rang, ont été réunis dans la salle du chapitre, sous bonne garde. Le chef des opérations, agacé par ces deux disparations, se rend sur place en navette pour régler le problème lui-même. Un officier lui confirme que deux humains ont bien disparu de la circulation. Ils ont tenté d'interroger le Grand Lama, mais sans réussir à lire dans son esprit. Le militaire estime cependant que ce n'est qu'une question de temps avant que les deux fuyards soient retrouvés. Son supérieur hiérarchique lui rétorque que le temps est justement ce qui leur fait défaut, et qu'ils ont largement dépassé celui qui leur était imparti. Il ordonne de faire sauter le Cratère avec tous les humains qui s'y trouvent...

Suite et fin de "La Délivrance", et dernier tome de la série. La communauté du Cratère est ici mise à mal. Des lézards "conservateurs", craignant les conséquences d'une ouverture de leur société sur le monde, destituent leur leader et instaurent une dictature, qui revient sur ce projet d'ouverture pour continuer leur politique autarcique. Pour ce faire - et pour la survie de leur propre société, tout est envisageable, y compris le génocide d'une communauté complète, de sa culture et de son foyer. La réaction des Atlantes (le troisième groupe de protagonistes) est surprenante, et leur pragmatisme, déconcertant ; faut-il livrer à l'ennemi ceux qui viennent bouleverser les habitudes d'une société, aussi fragile soit-elle ? Pour comprendre toutes les finesses de cette histoire, il est fortement conseillé de lire ou de relire "Un rêve inquiétant", le neuvième tome. Ces références à des aventures antérieures gênent d'ailleurs le confort de lecture. L'intrigue, malgré quelques moments bancals, demeure cohérente. L'histoire est pleine d'action et de retournements de situations.
Visuellement, c'est splendide. Peut-être davantage que l'hyperréalisme de l'artiste, c'est l'art avec lequel il maîtrise la couleur, les contrastes, l'ombre et la lumière qui laisse admiratif. Évidemment, cela ne cache pas le manque de mouvement de ses planches, mais Segrelles compense en utilisant une narration graphique décompressée, notamment lors des scènes d'action, leur donnant ainsi plus d'impact.

Segrelles, malgré quelques complexités scénaristiques, conclut sa série en beauté. "Le Mercenaire" est aujourd'hui rarement évoqué. C'est dommage. C'est une œuvre attachante, aux visuels superbes qui ont gardé leur saveur onirique. À lire et à relire.

Mon verdict : ★★★★☆

Barbuz

dimanche 10 septembre 2017

Le Mercenaire (tome 12) : "La Délivrance" (Glénat ; septembre 2002)

"Le Mercenaire" est une série de bande dessinée créée et réalisée (scénarisée, illustrée, encrée et mise en couleur) par l'artiste espagnol (catalan) Vicente Segrelles. Elle a d'abord été publiée en Espagne à partir de mars 1981, dans le premier numéro du journal "Cimoc", sous le titre "El Mercenario". En France, elle a été publiée dans le magazine Circus, qui appartenait aux éditions Glénat. C'est chez Glénat que paraîtront les treize tomes de cette série médiévale fantastique (qui peut être, hélas, considérée comme finie), entre 1982 et 2004.
"La Délivrance" ("El rescate I" en VO), l'avant-dernier tome de la série, est la première partie d'une histoire en deux volumes (suite et fin sont contées dans le dernier volume, "La Délivrance 2"). Cet album de quarante-six planches, sorti chez Glénat en septembre 2002, ne compte, à ce jour, qu'une seule édition.

Une montgolfière flotte dans le ciel à l'aube, à basse altitude au-dessus d'un fleuve, à quelques encablures d'une forteresse. À bord, les femmes du harem du puissant roi de Kahrezm, qui ont réussi à s'enfuir après avoir conçu et construit le ballon elles-mêmes. Le monarque, humilié, s'est promis qu'il les retrouverait et les ferait toutes exécuter publiquement. Plusieurs passagères estiment qu'il faut faire remonter le ballon afin de rester hors de portée d'éventuels projectiles. L'une d'elles se veut rassurante : à cette altitude, aucune flèche ne peut les atteindre. Cependant, à l'intérieur de la forteresse, une main allume une rangée de fusées à l'aide d'une mèche. Les fusées sont lancées vers la montgolfière. L'une d'elles explose et met le ballon en flammes, ce qui précipite la nacelle vers le fleuve.
Plus tard et ailleurs, deux hommes, Youssef et Rachid, sont en embuscade dans le désert. Ils attendent le passage d'un tapis volant monté par un guerrier ou un sorcier. C'est en réalité un vaisseau spatial de petites dimensions, qui atterrit près de l'oasis. Les franges et pompons autour du fuselage font en effet fortement penser à un tapis volant. Une petite silhouette portant cape et casque en sort. Elle plonge ses pieds dans l'eau et profite de ce moment de sérénité. La créature remarque la présence de Rachid et Youssef et tente de regagner sa navette afin de fuir. Trop tard : le lasso des deux Bédouins atteint sa cible. Youssef ôte son casque au petit pilote. Il ne peut réprimer un geste de stupéfaction : un lézard ! Rachid, de son côté, s'avance prudemment du "tapis volant", mais le petit lézard appuie sur le bouton d'un médaillon qu'il porte au cou, et l'aéronef s'enflamme. Il vient d'enclencher la procédure d'autodestruction ! Rachid n'a pas le temps de reculer que l'engin explose ! Les Bédouins sont sains et saufs. Youssef dégaine une dague dans l'intention de faire passer le goût du pain au lézard...

Sans prendre en compte la continuité inhérente à la série, "La Délivrance" est la seule histoire qui s'étale sur plus d'un tome. Afin d'en profiter pleinement et d'en saisir toutes les références (notamment concernant la montgolfière et son équipage de fugitives), il est conseillé de relire "Le Feu sacré" (tome un). Segrelles reprend une construction scénaristique qui a fait ses preuves dans d'autres tomes ; l'aventure classique des premières pages évolue et l'intrigue suit une tout autre direction. "La Délivrance" commence comme une mission de sauvetage (celui des survivantes parmi les fugitives de la montgolfière) qui prend les deux tiers de l'album ; dans le dernier tiers, le scénariste utilise la rencontre entre le Mercenaire et le jeune lézard pour continuer à développer le thème central de la seconde moitié de la série, la recherche des survivants de l'Atlantide. Au passage, comme il l'avait déjà fait avec le christianisme dans "Les Ancêtres disparus" (tome 9) Segrelles égratigne la place de la femme dans la société musulmane, quand le sultan ordonne l'exécution des femmes du harem et que le public est exclusivement masculin. L'humour n'est pas absent de cet album, en témoigne le "volontariat" de Karim (planche 42, cases 3 à 5).
Le style hyperréaliste de Segrelles est enrichi par une utilisation absolument remarquable de la couleur et des contrastes entre ombre et lumière. Malgré un certain immobilisme de l'ensemble, l'artiste varie les plans et offre des visages très expressifs.

"La Délivrance" est un bon album, agréable à lire et aux superbes illustrations qui favorisent l'onirisme. Il démontre que Segrelles avait véritablement une vision globale pour la continuité du titre. La traduction d'Anne-Marie Meunier est perfectible.

Mon verdict : ★★★★☆

Barbuz

mardi 11 juillet 2017

Le Mercenaire (tome 11) : "La Fuite" (Glénat ; juin 2001)

"Le Mercenaire" est une série de bande dessinée créée et réalisée (scénarisée, illustrée, encrée et mise en couleur) par l'artiste espagnol (catalan) Vicente Segrelles. Elle a d'abord été publiée en Espagne à partir de mars 1981, dans le premier numéro du journal "Cimoc", sous le titre "El Mercenario". En France, elle a été publiée dans le magazine Circus, qui appartenait aux éditions Glénat. C'est chez Glénat que paraîtront les treize tomes de cette série médiévale fantastique (qui peut être, hélas, considérée comme finie), entre 1982 et 2004.
"La Fuite" ("La huida" en VO) est le onzième tome de la série. Cet album cartonné de quarante-six planches, sorti chez Glénat en juin 2001, ne compte, à ce jour, qu'une seule édition.

An de grâce 1006. Dans quelques jours, la Terre frôlera Geos, un monde parallèle (voir "L'An 1000", ainsi que "Les Ancêtres disparus"). Le Grand Lama de la Cité du cratère, lui-même originaire de Geos, est gravement malade. Il est alité. Le Mercenaire et Nan-Tay, sa petite-fille, lui rendent visite, accompagnés de Ky ("L'An 1000"). Devant les questions pressantes des visiteurs, le Lama finit par leur avouer qu'il souffre d'une tumeur maligne et qu'il ne lui reste que peu de temps à vivre. Ky sait de quoi il retourne ; elle compte donc se rendre sur Geos et rapporter un cristal radioactif afin de le guérir. Surpris par les connaissances de Ky, et devant l'insistance des jeunes femmes, le vieil homme cède et leur fournit les explications nécessaires à leur mission. Ils devront faire isoler leurs semelles avant le départ, et, une fois là-bas, localiser les pacifiques Acuos, une race de mi-humains amphibiens, et éviter les Mythes.
Les lézards volants du Mercenaire et de Ky les amènent au fameux défilé ("L'An 1000"). Ils attendent la lumière verte. Ky est équipée d'une armure afin de ne pas être désintégrée. Ne souhaitant pas sacrifier leurs deux montures, ils n'en prennent qu'une et s'envolent vers les lueurs verdâtres. Ils passent sans problème et se retrouvent à quelques mètres de la demeure abandonnée du défunt Kay ("L'An 1000"). Le temps presse ; ils disposent de deux jours. Ky trouve un véhicule volant qui les mène à l'entrée du royaume des Acuos. Ils slaloment entre les rochers et parviennent à la mer intérieure et à un gong. Il repèrent le quai d'amarrage pour y atterrir, mais le pont, déjà fissuré, cède sous le poids de l'engin, qui tombe à l'eau. Ky se prépare à activer la capsule de sécurité ; elle doit faire vite, car un monstrueux serpent marin s'intéresse à eux. La capsule est éjectée. Ky se pose sur le quai. Le Mercenaire s'inquiète de la perte du vaisseau, mais la jeune femme lui rétorque qu'elle sait où en trouver. Le soldat, armé d'une mailloche, approche du gong, avec l'intention de le faire sonner le plus fort possible...

Il faudra lire ou relire "L'An 1000" et "Les Ancêtres disparus" afin de comprendre toutes les finesses du scénario et des dialogues. Six années se sont écoulées depuis les événements de "L'An 1000". "La Fuite" est une aventure réussie, malgré une narration trop compressée en quelques endroits (à peine sont-ils arrivés que Ky trouve le premier véhicule, sans que rien n'en soit conté, par exemple). Le grand sage de la Cité (une figure quasiment paternelle pour le Mercenaire) est gravement malade et tout est mis en œuvre pour le sauver. De l'autre côté, sur Geos, c'est un peuple entier, les Acuos ("acuoso" signifie "aqueux" en espagnol), qui est menacé d'extinction tant ils souffrent des agressions des Mythes, qui les considèrent comme nourriture. C'est donc d'une double opération de sauvetage pour le Mercenaire. Le scénario, cohérent et spectaculaire, bénéficie d'un rythme soutenu et équilibré jusqu'à la fin.
Les illustrations sont magnifiques, une constante depuis le premier tome de la série : créatures, paysages, véhicules, la vieille ville secrète des Acuos, etc. L'aventure prend place dans un environnement fantastique peuplé de monstres et de créatures merveilleuses en tous genres. La scène des blattes évoquera immanquablement "L'Île mystérieuse" de Jules Verne. Segrelles n'hésite pas à recourir à certaines scènes-chocs, horrifiques, telle celle où le Mythe dévore une femelle acuo ; c'est peut-être une référence au "Saturne dévorant un de ses fils" de Francisco de Goya (1823).

"La Fuite" est un album réussi, avec pour seul défaut réel une tendance à la narration compressée. Cette histoire permet à Segrelles de clore sa trilogie atlante. Enfin - et c'est un détail non négligeable, l'éditeur a fait un effort bienvenu sur le lettrage.

Mon verdict : ★★★★☆

Barbuz

lundi 10 juillet 2017

Le Mercenaire (tome 10) : "Géants" (Glénat ; mars 1999)

"Le Mercenaire" est une série de bande dessinée créée et réalisée (scénarisée, illustrée, encrée et mise en couleur) par l'artiste espagnol (catalan) Vicente Segrelles. Elle a d'abord été publiée en Espagne à partir de mars 1981, dans le premier numéro du journal "Cimoc", sous le titre "El Mercenario". En France, elle a été publiée dans le magazine Circus, qui appartenait aux éditions Glénat. C'est chez Glénat que paraîtront les treize tomes de cette série médiévale fantastique (qui peut être, hélas, considérée comme finie), entre 1982 et 2004.
"Géants" ("Gigantes" en VO) est le dixième tome de la série. Cet album cartonné de quarante-six planches, sorti chez Glénat en mars 1999, ne compte encore qu'une seule édition à ce jour.

Une vallée au crépuscule. Le Mercenaire et Nan-Tay installent leur campement entre quelques pierres et se réchauffent dans des couvertures. Nan-Tay apprécie les haltes paisibles lors des voyages, à écouter des histoires fantastiques, surtout avec des géants. Nostalgique, elle se souvient des contes de son grand-père. Aussi accepte-t-elle avec empressement lorsque son compagnon lui propose des récits de ses aventures.
Dans "Une halte en chemin", le Mercenaire éprouve le sentiment d'être tombé bien bas. Il a accepté cent écus pour entrer dans un palais taillé à même la roche. Il monte la visière de son heaume, sonne l'imposant gong à l'entrée, traverse le pont-levis qui s'abaisse, vide un sac d'or dans un panier qui est tracté...
Dans "Les Trois Vœux", le soldat et son lézard volant font une halte au milieu de ruines. L'attention de l'aventurier est attirée par une trappe de pierre ornée d'un anneau encastré. La trappe étant lourde, il y attelle sa monture, qui parvient à la soulever. Le Mercenaire descend ensuite, à l'aide d'une corde...
Dans "Endora", le lézard volant du Mercenaire plane en direction d'une tour au sommet de laquelle un géant ailé armé d'une épée monte patiemment la garde, sûr de lui. Le colosse semble surpris par la présence du Mercenaire. Le soldat fait effectuer une manœuvre à sa monture, arme son arbalète, vire, et décoche le carreau qui frappe le titan en plein poitrine, et le tue...
Dans "Le Faux Bourdon", le Mercenaire est en fâcheuse posture. Il a dû se poser sur un petit îlot rocheux. La brume l'empêche de voler. Pire, un monstre marin attend patiemment sur l'îlot voisin. Retentit alors le son d'une corne, qui attire instantanément le prédateur. Le Mercenaire décide de le suivre, décolle et le dépasse. Il aperçoit un rocher de forme sinistre, auquel est enchaînée une femme à moitié nue...

"Géants", c'est un petit moment d'intimité entre le Mercenaire et Nan-Tay, même si cet aspect n'est pas davantage exploité. Pour Segrelles, c'est l'occasion de s'essayer à la nouvelle illustrée, puisque l'auteur nous offre ici quatre histoires courtes à la longueur variable, respectivement huit, sept, seize et treize planches (en omettant l'introduction et la conclusion d'une planche chacune). Aucun de ces chapitres ne fait écho à la continuité de la série. Ils proposent tous des aventures en solo du Mercenaire. La première, très onirique, est un récit d'épouvante et d'horreur sur fond de science-fiction, un thème cher au scénariste. La seconde, pleine d'humour, est un hommage au conte traditionnel arabo-perse "Aladin ou la Lampe merveilleuse". La troisième met le Mercenaire face à une puissante sorcière obsédée par la jeunesse éternelle ; malgré quelques bons moments et de l'humour, elle pâtit d'une conclusion longuette. La quatrième et dernière rappellera les toutes premières aventures du Mercenaire et pourra être interprétée comme une critique du féminisme.
Segrelles, qui peint à l'huile dans un style hyperréaliste, produit des planches remarquables, bien que son trait en vingt ans, n'ait pas évolué. Si les cases manquent parfois de mouvement et que certaines scènes sont statiques, la science de l'encrage, de la couleur et la maîtrise de l'ombre et la lumière sont indéniables. L'artiste soigne ses créatures, géants, génies et monstres, puisque c'est de leur album qu'il s'agit.

"Géants" peut se lire indépendamment. C'est un album agréable, réussi (malgré des longueurs dans "Endora") et bien traduit (par Anne-Marie Meunier) qui, en quatre récits, expose les facettes du titre (médiéval fantastique, épouvante et science-fiction).

Mon verdict : ★★★★☆

Barbuz

samedi 27 mai 2017

Le Mercenaire (tome 9) : "Les Ancêtres disparus" (Glénat ; août 1997)

"Le Mercenaire" est une série de bande dessinée créée et réalisée (scénarisée, illustrée, encrée et mise en couleur) par l'artiste espagnol (catalan) Vicente Segrelles. Elle a d'abord été publiée en Espagne à partir de mars 1981, dans le premier numéro du journal "Cimoc", sous le titre "El Mercenario". En France, elle a été publiée dans le magazine Circus, qui appartenait aux éditions Glénat. C'est chez Glénat que paraîtront les treize tomes de cette série médiévale fantastique (qui peut être, hélas, considérée comme finie), entre 1982 et 2004.
"Les Ancêtres disparus" ("Los ascendientes perdidos" en VO) est le neuvième tome de la série. C'est un album de quarante-six planches sorti chez Glénat en août 1997. Il n'y a qu'une édition.

Espagne, an de grâce 1003, dans la partie chrétienne du pays. Une procession nocturne quitte une ville à la lueur des torches. Elle traverse le pont qui surplombe un fleuve jusqu'à un bûcher qui a été dressé. Outre les porteurs de torches, le convoi est composé d'un chariot qui transporte une jeune femme vêtue de blanc et ligotée. L'ecclésiastique (sans doute un évêque) à la tête de la troupe déclare que les preuves de sorcellerie contre leur prisonnière sont suffisantes et ordonne qu'elle soit brûlée vive. Une voix leur demande soudainement d'arrêter. C'est Belzébuth, prince des enfers, qui apparaît au milieu de flammes. Il accepte de prendre l'âme de la jeune femme et ajoute qu'il emportera celle du représentant du clergé, qu'il désigne comme un serviteur. Tous sont apeurés devant le démon, qui émerge des brumes monté sur un dragon. Le prêtre dément œuvrer pour le Malin et demande pitié ; après tout, il n'a fait qu'exécuter les ordres du comte, le seigneur des lieux. Belzébuth rétorque que le comte est l'un de ses fidèles et lance son dragon, qui s'empare de l'évêque entre ses mâchoires. C'est alors que saint Georges apparaît, armé de sa lance et monté sur un destrier. S'ensuite une joute entre bien et mal, à l'issue de laquelle saint George transperce le crâne du dragon de sa lance. Belzébuth, enragé, maudit le paladin, abandonne le combat et disparaît dans les flammes. Le preux chevalier ordonne que la jeune femme soit libérée et promet à ces hommes la colère de Dieu si jamais ils avaient l'intention de faire monter d'autres innocentes sur le bûcher. Tous se soumettent, penauds, et rentrent chez eux.
Plus tard, le Mercenaire et Nan-Tay se retrouvent chez Ramiro, un alchimiste juif. Tout cela n'était qu'une mise en scène afin de sauver la nièce de Ramiro, avec Nan-Tay interprétant saint Georges, et le Mercenaire, Belzébuth. Le savant est un agent de la Cité du Cratère et doit remettre aux deux aventuriers un document contenant des informations sur la localisation de l'Atlantide, l'objet des recherches de Nan-Tay...

Segrelles donne une suite à "L'An 1000" et lance le Mercenaire à la recherche des Atlantes. Il continue à puiser dans notre histoire : après l'Égypte ancienne et la Grèce antique, il s'inspire des civilisations précolombiennes (les Toltèques). On retrouve ce mélange des genres qui lui est cher. Les aventures en terre toltèque succèdent à un Moyen Âge teinté de superstitions et des éléments de science-fiction avec des vaisseaux colossaux, conçus pour emmener des villes. L'auteur, dans l'introduction, égratigne le catholicisme et son clergé, dont le représentant apparaît comme un pleutre. La huitième case de la troisième planche, dans laquelle figure la tête d'un âne qui se mêle aux zélotes, comme s'il s'agissait d'un portrait de famille, est éloquente.
L'artiste signe des planches magnifiques : le cheminement de la procession, dont les flammes se reflètent dans l'eau du fleuve, l'affrontement entre saint Georges et Belzébuth, les constructions atlantes, la vue sur la cité toltèque au coucher du soleil.

Bien que le texte ne comporte aucune faute de français, la traduction d'Anne-Marie Meunier est perfectible. Le lettrage - c'est un problème récurrent de la série - n'est pas soigné : la ponctuation est hasardeuse et les phylactères sont souvent trop petits.

"Les Ancêtres disparus" est un album cohérent et solide malgré une introduction longuette et hors de propos. Outre la quête du peuple de l'Atlantide et les planches de l'artiste, l'intérêt du recueil est de faire revenir un personnage que l'on croyait oublié.

Mon verdict : ★★★☆☆

Barbuz

vendredi 31 mars 2017

Le Mercenaire (tome 8) : "L'An 1000" (Glénat ; août 1996)

"Le Mercenaire" est une série de bande dessinée créée et réalisée (scénarisée, illustrée, encrée et mise en couleur) par l'artiste espagnol (catalan) Vicente Segrelles. Elle a d'abord été publiée en Espagne à partir de mars 1981, dans le premier numéro du journal "Cimoc", sous le titre "El Mercenario". En France, elle a été publiée dans le magazine Circus, qui appartenait aux éditions Glénat. C'est chez Glénat que paraîtront les treize tomes de cette série médiévale fantastique (qui peut être, hélas, considérée comme finie), entre 1982 et 2004.
"Año 1000" est le titre VO de ce huitième tome, sorti en VF sous le titre "L'An 1000", chez Glénat, en août 1996. Il n'a connu qu'une seule édition. Cet album compte quarante-six planches.

Le Grand Lama s'entretient avec le Mercenaire. D'après ses calculs, la fin du monde surviendra dans trois ans et deux jours. Devant l'incrédulité du soldat, le Lama lui explique que le premier jour de l'an mil sera celui de la fin du monde. Ils se préparent pour une expédition. Nan-Tay le supplie de ne pas partir. Le chef de la Cité du Cratère a, semble-t-il, rendez-vous avec une personne dont l'identité n'est pas dévoilée, ce qui a pour effet d'agacer le Mercenaire. Lorsque Nan-Tay le prie de veiller à la sécurité du vieil homme, l'homme en armure lui exprime clairement ses pensées et lui reproche un manque de confiance, provoquant la colère de la jeune femme. Le Lama lui explique qu'il va pourtant avoir la chance d'assister à un phénomène auquel bien peu ont pu assister. Sur ce, ils partent.
Leurs lézards ailés volent toute la journée. Le Mercenaire et le Grand Lama s'arrêtent pour établir le campement. Le sage avoue à son compagnon de voyage, sceptique, que la catastrophe, une collision entre deux planètes, aurait pu être évitée. Sans conviction, il ajoute qu'il reste peut-être encore un espoir.
Le lendemain, les deux hommes posent leurs lézards sur les hauteurs d'un sinistre défilé rocheux. Le Lama explique qu'ils vont voir la croûte terrestre d'une autre planète frôler la leur. Cette manifestation se produit tous les trois ans ; c'est elle qui provoquera la fin du monde lors du prochain cycle. Des nuées d'étranges lueurs commencent à couvrir le ciel. Le guerrier veut qu'ils se protègent, mais son maître répond qu'ils ne craignent rien. Ce n'est qu'à l'apparition de la lumière verte qu'il faudra être prudent, car elle désintègre tout ce qu'elle touche. Le ciel est rapidement couvert d'une multitude de traînées lumineuses. Le Lama prie son garde du corps d'être attentif et de le prévenir s'il aperçoit une forme humaine. Le Mercenaire le prévient qu'un nuage de lumière verte s'approche. Le vieil homme ordonne le départ, mais le lézard du Mercenaire panique...

La seconde moitié des années quatre-vingt avait été peu fertile, mais Segrelles, depuis "La Fortesse", est productif. Pour ce troisième numéro en trois ans, l'auteur évoque les croyances et des craintes religieuses de l'an mil et de ses prophéties de fin du monde. Il est probable que "Les Mystères de l'Atlantide", des "Aventures de Blake et Mortimer" d'Edgar P. Jacobs (1957), ait été pour Segrelles une source d'inspiration ; on y retrouve des thèmes communs, tels que l'Atlantide et la confrontation entre une civilisation avancée et une autre qui l'est moins. Hypothèse à confirmer. Le passage de la réserve rappellera certaines ambiances des films "Alien". Finalement, "L'An 1000" est surtout un joyeux mélange de genres, auquel viennent s'ajouter des éléments tirés de la science-fiction post-apocalyptique et des personnages tirés de la mythologie grecque. Segrelles évite de se perdre dans les détails techniques de son intrigue. Son histoire est prenante ; l'humour n'en est pas absent. Il y a des moments vraiment magiques dans ce récit. La fin pourra néanmoins laisser le lecteur perplexe.
L'artiste repousse les horizons de sa série, ce qui lui permet de créer d'autres créatures, constructions, costumes et véhicules. Le résultat est remarquable. La partie consacrée à l'exploration de la ville fantôme est superbe à tous points de vue (couleur, contrastes). La facilité avec laquelle Segrelles passe d'un univers à l'autre (du "merveilleux héroïque" à la science-fiction) avec la même maîtrise est déconcertante.

"L'An 1000" est un fouillis surprenant de multiples influences, mythologiques ou futuristes. Il en ressort une aventure particulièrement originale et captivante, dont le point culminant est assurément la découverte des vestiges de la ville futuriste déserte.

Mon verdict : ★★★★☆

Barbuz

lundi 27 mars 2017

Le Mercenaire (tome 7) : "Un rêve inquiétant" (Glénat ; octobre 1995)

"Le Mercenaire" est une série de bande dessinée créée et réalisée (scénarisée, illustrée, encrée et mise en couleur) par l'artiste espagnol (catalan) Vicente Segrelles. Elle a d'abord été publiée en Espagne à partir de mars 1981, dans le premier numéro du journal "Cimoc", sous le titre "El Mercenario". En France, elle a été publiée dans le magazine Circus, qui appartenait aux éditions Glénat. C'est chez Glénat que paraîtront les treize tomes de cette série médiévale fantastique (qui peut être, hélas, considérée comme finie), entre 1982 et 2004.
"El viaje" est le titre VO de ce septième tome, sorti en VF sous le titre "Un rêve inquiétant", chez Glénat, en 1995. Il n'a connu qu'une seule édition. L'album compte quarante-quatre planches.

Le Mercenaire, chevauchant son lézard ailé, vole au ras des flots d'une mer calme. Il aperçoit une île vaste, dont les contours émergent d'une légère brume. Elle ne figure pourtant pas sur la carte qu'il a prise avec lui. Comme il lui faut de l'eau et qu'il a besoin de repos, il compte profiter de cette découverte pour faire une halte. La végétation, dense, rend l'approche difficile. Il pose pied à terre et entend de l'eau couler : une source. Il s'y rafraîchit lorsqu'il entend un cri humain. Son épée à la main, il s'enfonce à travers les arbres. Il débouche sur une clairière entourée d'un amas de roche, au bas duquel se trouve l'entrée béante du terrier d'une araignée géante. Impressionné, il hésite quant à la conduite à adopter et pense à déguerpir, lorsqu'un gémissement se fait entendre. Il distingue une forme sous l'immense toile et entreprend de libérer la créature captive à l'aide de son arme. Il dégage ainsi une jolie jeune fille dont des ailes d'insecte émergent du dos. La voyant inanimée, il pense être arrivé trop tard, mais ses réflexions sont interrompues par un couinement, qui précède l'apparition d'une forme velue et hideuse : une araignée monstrueuse, presque de la taille d'un cheval, émerge du tunnel de toile. Le Mercenaire se place en retrait, parvient à la surprendre, et, d'un seul coup d'épée, lui tranche la tête et deux pattes. Il finit sa besogne en enfonçant sa lame dans le corps de la répugnante bête, lorsqu'il perçoit un bourdonnement. Il pense d'abord à une mouche, mais c'est une autre jeune femme avec des ailes d'insecte, qui fait d'abord mine de se cacher. Il parvient à la rassurer et elle se découvre. La jeune fille est intriguée : celui qui a sauvé sa sœur ressemble à un humain, mais il ne communique pas par télépathie et ne porte pas d'ailes. Le Mercenaire réalise qu'il entend son interlocutrice sans qu'elle lui parle. Quand elle lui demande comment il va échapper aux insectes, il répond que son dragon volant peut l'emmener où il le souhaite. Elle lui apprend que sa monture est tombée aux mains des insectes et qu'ils vont la manger, car les insectes mangent tout...

À peine plus d'un an s'est écoulé depuis "Le Rayon mortel". Segrelles a de l'inspiration, beaucoup, même. Parmi les thèmes, l'on retrouve rêve et réalité qui se confondent, le gigantisme, avec des créatures surdimensionnées bien plus terrifiantes (amis arachnophobes, lisez ce tome !) et nettement moins amicales que dans l'histoire précédente. L'auteur mène la vie dure à son personnage, qui affronte une araignée colossale, porte un masque immonde, défie le roi des insectes, manque de se faire broyer par un ver géant, puis croquer par un monstre marin. Comme si cela ne suffisait pas, l'eau de l'île sur laquelle il s'est arrêté est empoisonnée par un minerai radioactif. Mais la structure du récit laisse à désirer, et l'on pourra s'interroger sur la signification (et la nécessité) de la partie centrale (le rêve), avec Arnoldo de Vinci et Nan-Tay. Le lien entre les trois parties n'est pas suffisamment approfondi.
Malgré une couleur parfois très sombre, les dessins sont absolument splendides, avec, toujours, cet hyperréalisme parfois saisissant. Quelques exemples ? La mer de la première case, plus réelle que nature ou la soie de la toile. La série de dernières planches est incroyable, notamment l'hallucinante scène de la lévitation, directement sortie d'un film de science-fiction, dont l'effet hypnotique est renforcé par une narration très décompressée et un remarquable travail sur la couleur. Et que dire des dernières pages, allant de l'effondrement du volcan à la remise en place du château ?

"Un rêve inquiétant" est inspiré, mais mal structuré. Ce tome reste important, car Segrelles, pour la première fois, intègre dans sa série des éléments de science-fiction, qui prendront d'ailleurs une importante croissante jusqu'à la conclusion de cette saga.

Mon verdict : ★★★☆☆

Barbuz

vendredi 20 janvier 2017

Le Mercenaire (tome 6) : "Le Rayon mortel" (Glénat ; août 1994)

"Le Mercenaire" est une série de bande dessinée créée et réalisée (scénarisée, illustrée, encrée et mise en couleur) par l'artiste espagnol (catalan) Vicente Segrelles. Elle a d'abord été publiée en Espagne à partir de mars 1981, dans le premier numéro du journal "Cimoc", sous le titre "El Mercenario". En France, elle a été publiée dans le magazine Circus, qui appartenait aux éditions Glénat. C'est chez Glénat que paraîtront les treize tomes de cette série médiévale fantastique (qui peut être, hélas, considérée comme finie), entre 1982 et 2004.
"La bola negra" est le titre VO de ce sixième tome, sorti en VF sous le titre "Le Rayon mortel", chez Glénat, en 1994. Il a connu deux éditions. C'est un album de quarante-cinq planches.

Dans le tome précédent, Nan-Tay, en mission d'espionnage, informe le Grand Lama que Claust, l'alchimiste renégat, a fait ériger une forteresse pour y emmagasiner poudre et munitions en quantité. La communauté de la Cité du cratère, afin d'empêcher l'alchimiste d'étendre son pouvoir sur la région, construit un navire, une canonnière, dont le but sera de détruire la forteresse. C'est le Mercenaire qui dirige l'expédition. Celle-ci menace de mal tourner lorsque Nan-Tay, démasquée, est utilisée comme bouclier par les forces de Claust. L'alchimiste réussit presque à renverser la situation lorsque l'un de ses lézards ailés, blessé, s'écrase, avec sa charge explosive, contre la canonnière, causant à celle-ci d'irréparables dégâts. Le Mercenaire tente une opération de la dernière chance et réussit à délivrer Nan-Tay. La forteresse finit par exploser, réduisant la menace à néant, mais Claust parvient néanmoins à s'échapper.
Claust, sur base d'informations qui lui ont été communiquées par un homme ayant découvert un papyrus, a préparé une expédition discrète qui les mène, avec son garde du corps, à un château massif, décrépi et recouvert de neige. De l'une des tours les plus élevées jaillit un rayon lumineux, vertical et continu. Après avoir accosté, les trois hommes pénètrent dans l'enceinte du château. Un soldat semble monter la garde. Le sbire de Claust le poignarde, mais réalise avec dégoût qu'il s'agit d'une momie. Claust devine qu'ils se trouvent dans un ancien cimetière ; ils pourront donc vaquer à leurs occupations sans être dérangés. Arrivé devant la tour, le trio en cherche l'entrée. Le garde du corps déniche une trappe dissimulée dans le sol. Les trois hommes s'y engouffrent et suivent un escalier qui monte au sommet. Ils y découvrent une urne richement décorée, d'où s'échappe le rayon lumineux ; elle est posée à même le sol. L'homme de main de l'alchimiste approche sa main du rayon ; il ne ressent aucune chaleur. Malgré le cri de mise en garde du détenteur du papyrus, l'homme passe se doigts à travers le rayon...

Segrelles produit avec "Le Rayon mortel" son album le plus inspiré depuis "La Formule", même si l'on aurait voulu que certaines idées soient davantage exploitées - la faute au format. Claust comprend rapidement qu'il détient, avec le rayon, une arme de destruction massive. Et évidemment, l'alchimiste criminel va vouloir s'en servir pour se venger du Grand Lama, du Mercenaire et de la Cité du cratère. Ce récit aurait pu être fondu dans le même moule que les précédents, c'est-à-dire en un énième affrontement entre Claust et le Mercenaire et ses alliés, mais Segrelles imagine une quête qui lui permet d'envoyer le Mercenaire et Nan-Tay découvrir d'autres horizons et civilisations. Le résultat est passionnant, depuis les couloirs sombres, cyclopéens et inquiétants de la pyramide, jusqu'à cette rencontre surprenante avec l'enfant géant, qui peut être interprétée comme un clin d'œil aux "Voyages de Gulliver", de Jonathan Swift, et comme une tentative de Segrelles d'éloigner sa série des codes du "merveilleux héroïque" afin de rapprocher ce scénario d'un récit d'aventures classique.
Cette histoire offre à Segrelles l'opportunité de varier l'univers visuel de la série. Les couleurs de l'hiver rappelleraient presque celles de certains tableaux de Brueghel l'Ancien. Le navire que construit Claust (il fait écho à "La Forteresse", le tome précédent), tout droit sorti de "Star Wars", est impressionnant. Les dernières planches, avec leurs jeux de lumière, et la toute dernière case, qui dit tout, sont remarquables.

"Le Rayon mortel" est l'une des grandes réussites de la série. C'est un album plein d'inspiration, d'imagination et d'imaginaire, de fraîcheur, aussi, qui conserve toute sa part de mystère, dans lequel Segrelles dévoile d'autres régions de ce monde fascinant.

Mon verdict : ★★★★★

Barbuz

mardi 17 janvier 2017

Le Mercenaire (tome 5) : "La Forteresse" (Glénat ; juillet 1991)

"Le Mercenaire" est une série de bande dessinée créée et réalisée (scénarisée, illustrée, encrée et mise en couleur) par l'artiste espagnol (catalan) Vicente Segrelles. Elle a d'abord été publiée en Espagne à partir de mars 1981, dans le premier numéro du journal "Cimoc", sous le titre "El Mercenario". En France, elle a été publiée dans le magazine Circus, qui appartenait aux éditions Glénat. C'est chez Glénat que paraîtront les treize tomes de cette série médiévale fantastique (qui peut être, hélas, considérée comme finie), entre 1982 et 2004.
"La fortaleza" est le titre VO de ce cinquième tome, sorti en VF sous le titre "La Forteresse", chez Glénat, en 1991. Il n'a connu qu'une édition. C'est un album de quarante-cinq planches.

Dans le tome précédent, le Mercenaire sauve un jeune enfant d'un sacrifice organisé par la Secte de la lumière. Mais les deux fugitifs tombent sur une escouade de soldats de Claust, l'alchimiste renégat. L'intervention de Nan-Tay empêche les sbires de Claust de procéder à une exécution sommaire. Leur présence faisait partie d'une machination ourdie par l'alchimiste, qui a envoyé un commando faire exploser l'entrée du cratère afin que la Cité soit condamnée par la montée des eaux et que ses habitants n'aient d'autre choix que de remonter à la surface, où des soldats les attendront. La cité peut être débloquée par une explosion, mais seule une mèche courte est disponible, condamnant celui qui l'allumera. Le garçonnet, à l'insu de tous, se sacrifie en mettant le feu à la poudre, sauvant ainsi la Cité.
Le Grand Lama préside un conseil de la Cité du cratère. À ses côtés, sur l'estrade, se trouvent le Mercenaire et le frère Arnoldo de Vinci. Le Grand Lama souligne que cela fait un moment que Claust laisse la Cité tranquille. Cependant, d'après les dernières nouvelles, il a fait construire une forteresse où il a fait entreposer de la poudre et des munitions afin de dominer la région et d'intimider les pays voisins. Ces informations proviennent de Nan-Tay, qui s'est infiltrée dans la forteresse. Le Grand Lama expose les deux options qui s'offrent à la communauté. Rétablir l'équilibre en armant les voisins pour leur permettre de riposter à Claust n'en est plus vraiment une, car la situation dégénérerait en une guerre qui amènerait, entre autres, la destruction de la Cité. Nan-Tay aurait identifié le point faible de la forteresse : ses soupiraux. Pour le Grand Lama, il faut exploiter cette faille ; un bateau ancré au large crachera une charge explosive par l'un des soupiraux, détruisant ainsi la cible. Le Grand Lama laisse la parole à Arnoldo, le maître armurier ("le meilleur du monde", précise plus tard le Grand Lama au Mercenaire). Arnoldo, réputé pour ne pas parler à la légère, explique à l'assemblée que le plan retenu exige un immense effort de tous...

Cette fois-ci, le Mercenaire dirige ce qui ressemble à une opération suicide dans une intrigue où le scénario des "Canons de Navarone" aurait été inversé. La préparation de l'expédition est passionnante et la tension monte doucement. Pour les besoins de l'intrigue, Segrelles crée un nouveau personnage récurrent, le frère Arnoldo de Vinci (le clin d'œil est évident, d'autant que l'on a tendance à oublier que Léonard de Vinci a servi comme ingénieur militaire, pour les Vénitiens, puis pour les Florentins). Segrelles n'hésite pas à renforce la crédibilité du scénario avec des représentations de schémas techniques. L'auteur met - encore une fois - la nature érotique du personnage de Nan-Tay en évidence, tandis que Claust, grâce à une conclusion spectaculaire, prend encore de l'ampleur en tant que super-vilain de la série et n'a presque plus rien à envier à des crapules telles que l'empereur Ming de Flash Gordon.
Bien que Segrelles ait tendance à abuser de la narration décompressée, ses dessins sont magnifiques. Regardez la seconde case, où le conseil est somptueusement mis en images et notez la perspective, qui renforce l'atmosphère de solennité, les jeux d'ombre et de lumière ainsi que le vitrail. La troisième planche offre une admirable illustration de la forteresse, avec un travail sur les dégradés de couleur qui donne encore davantage de réalisme à l'ensemble. Le style de l'artiste est remarquable, notamment dans les planches du bombardement de la forteresse par la "canonnière".

Il avait fallu attendre près de quatre ans après "Le Sacrifice". Après "La Forteresse", une histoire très solide (la traduction est perfectible, hélas), Segrelles retrouvera un rythme de publication plus régulier. La suite est contée dans "Le Rayon mortel" (1994).

Mon verdict : ★★★★☆

Barbuz

mercredi 16 novembre 2016

Le Mercenaire (tome 4) : "Le Sacrifice" (Glénat ; janvier 1988)

"Le Mercenaire" est une série de bande dessinée créée et réalisée (scénarisée, illustrée, encrée et mise en couleur) par l'artiste espagnol (catalan) Vicente Segrelles. Elle a d'abord été publiée en Espagne à partir de mars 1981, dans le premier numéro du journal "Cimoc", sous le titre "El Mercenario". En France, elle a été publiée dans le magazine Circus, qui appartenait aux éditions Glénat. C'est chez Glénat que paraîtront les treize tomes de cette série médiévale fantastique (que l'on peut, hélas, considérer comme finie), entre 1982 et 2004.
"El sacrificio" est le titre VO de ce quatrième tome, sorti en VF sous le titre "Le Sacrifice", chez Glénat, en janvier 1988. Il a connu trois éditions. C'est un album de quarante-cinq planches.

C'est à l'issue du tome précédent que l'on apprend que Claust, cet alchimiste vil et retors, ennemi juré du Mercenaire et du Lama, a survécu à l'explosion de sa tour. Diminué, il a néanmoins lancé une escadrille de lézards ailés à l'assaut de la Cité du cratère. Devant la menace, Nan-Tay et le Lama décident de mettre en œuvre un plan dangereux, mais qui leur permet d'anéantir les soldats de Claust. Le Mercenaire sauve la vie de Nan-Tay, qui lui révèle enfin que c'est sous hypnose qu'il a réussi les épreuves ; celles-ci n'ont donc pas réellement eu lieu et Nan-Tay ne lui a remis aucun miroir. Les secours arrivent tandis que le Mercenaire panse les plaies de l'intrépide jeune femme.
Lorsque cet album commence, le Mercenaire décapite un saurien sur un rivage rocheux. Il l'attache au sol afin de laisser le sang couler dans l'eau. Le soldat de fortune semble pressé. Un monstre marin, attiré par le goût du sang, nage rapidement vers le rivage. Lorsque l'animal ouvre la gueule pour s'emparer de l'appât qui a été placé là pour lui, le Mercenaire saute dans sa gorge et, une fois à l'intérieur, retient sa chute en fixant un grappin dans la chair. Il attend que la bête se saisisse de sa proie, reparte et finisse par regagner son repaire. Lorsqu'il sent que le moment est venu, il se sert de son épée pour trancher la chair entourant l'un des deux globes oculaires du monstre et s'extrait par la cavité dans un hurlement assourdissant. Avant que le mastodonte ne retrouve ses esprits, le Mercenaire se hisse vers une porte juchée en hauteur en s'aidant du grappin. À l'intérieur, le sol étant en pente, le Mercenaire s'arc-boute contre les murs pour ne pas glisser. Après un instant, un gong sonne. C'est le signal ; le Mercenaire se tient prêt...

"Le Sacrifice" commence comme une opération de sauvetage désespéré avant de tourner à la course contre la montre. L'introduction et le développement de cette intrigue sont réussis. La conclusion, abrupte, a un goût d'inachevé, d'expédié. Segrelles a-t-il manqué de temps pour soigner la fin ? A-t-il été limité par le format imposé des quarante et quelques planches ? Ou a-t-il préféré ne pas s'attarder sur la tragédie finale ? Toujours est-il que la narration la conclusion est particulièrement condensée, ce qui est à l'extrême opposé du style habituel de l'auteur. Du coup, l'aspect tragique perd tout son impact et l'émotion semble tronquée. On en apprend davantage au sujet du Mercenaire ; on sait maintenant qu'il est âgé de trente-cinq à quarante ans et que sa balafre au visage a été causée lorsqu'il a échappé au sacrifice organisé par la Secte de la lumière, alors qu'il n'était encore qu'un enfant.
Graphiquement, c'est tout simplement splendide. La couleur directe fait ici des merveilles. Les cinq premières planches, avec le monstre marin, sont renversantes ; le découpage de l'action, les couleurs... tout y est. Les deux autres grandes scènes sont l'affrontement avec les soldats de Claust (que l'artiste, symboliquement, a affublés du casque allemand de 1939-1945) et la traversée du sous-sol de la grande plaine.

La traductrice est créditée ; il s'agit d'Anne-Marie Meunier. Elle travaillera sur d'autres tomes de la série. Il n'y a pas grand-chose à dire sur la qualité de son texte, malgré une phrase au français franchement bancal. Notons l'irrégularité du lettrage.

Malgré un début prometteur, des dessins superbes et une action qui s'accélère progressivement, la conclusion de ce volume tombe comme un soufflé à cause d'une fin trop compressée, abrupte, et dans laquelle les émotions ne parviennent pas à éclore.

Mon verdict : ★★★☆☆

Barbuz

lundi 14 novembre 2016

Le Mercenaire (tome 3) : "Les Épreuves" (Glénat ; juillet 1984)

"Le Mercenaire" est une série de bande dessinée créée et réalisée (scénarisée, dessinée, encrée et mise en couleur) par l'artiste espagnol (catalan) Vicente Segrelles. Elle a d'abord été publiée en Espagne à partir de mars 1981, dans le premier numéro du journal "Cimoc", sous le titre "El Mercenario". En France, elle a été publiée dans le magazine Circus, qui appartenait aux éditions Glénat. C'est chez Glénat que paraîtront les treize tomes de cette série médiévale fantastique (que l'on peut hélas considérer comme achevée), entre 1982 et 2004.
"Las pruebas" est le titre VO de ce troisième tome, sorti en VF sous le titre "Les Épreuves", chez Glénat, en juillet 1984, et qui a connu trois éditions. C'est un album de quarante-six planches.

À l'issue du tome précédent, le Mercenaire et Nan-Tay sont enfermés dans les geôles de Claust, alchimiste plus ambitieux et retors que talentueux, qui tombe dans le piège tendu par le grand Lama de la Cité du cratère. La forteresse de Claust explose au moment où le Mercenaire et Nan-Tay s'enfuient à tire-d'aile.
Lorsque ce tome commence, le Mercenaire se trouve à la Cité du cratère, dans le bureau du grand Lama. Celui-ci lui explique que s'il veut être accepté dans leur ordre, il va lui falloir affronter des épreuves particulièrement difficiles, lors desquels sa vie sera en danger. Quatre qualités seront mises à l'épreuve : l'ardeur au combat, le courage, la volonté et l'intégrité. Le grand Lama ajoute que le Mercenaire ne devra en aucun cas révéler l'existence de la Cité du cratère, puis lui ordonne de se retirer ; Nan-Tay va lui montrer ses appartements. Celle-ci invite le Mercenaire au repos et précise que les épreuves, réellement dangereuses, commenceront à minuit. Lorsque le Mercenaire lui demande si elle croit en ses chances de réussite, elle répond évasivement et lui tend un petit paquet ficelé, dont elle lui chuchote que son contenu sera utile dans la dernière épreuve. Elle insiste : cela devra rester leur secret.
L'heure est arrivée. Une procession solennelle et silencieuse accompagne le Mercenaire jusqu'au toit d'un temple, où l'attend un lézard volant sellé. Le soldat de fortune voit que le chemin des épreuves est illuminé. Il jauge sa monture, semble satisfait, et prend son envol. Il distingue, à l'horizon, une lumière rougeâtre et comprend qu'il s'agit du lieu de sa première épreuve. Plus il s'en approche, plus son trajet devient dangereux ; il doit guider son lézard ailé à travers un labyrinthe de stalagmites géantes. La lumière provient d'une plate-forme au centre de laquelle trône un gigantesque crâne encadré de braséros et dont la gueule grande ouverte mène vers une entrée monumentale. Le Mercenaire pose sa monture, allume une torche, et entre...

Segrelles met son héros face à trois épreuves. Dans la première, le Mercenaire doit combattre un colosse en armure, c'est-à-dire la force brute. Dans la seconde, il va devoir affronter la ruse, le mensonge et la duplicité. Enfin, c'est à son instinct qu'il devra faire confiance pour espérer réussir la dernière. Le lecteur tombe ensuite dans le piège narratif tendu par l'auteur, avant de renouer avec l'urgence du péril que court la Cité du cratère. Les quelques dialogues sonnent juste et l'humour n'est pas absent de cette intrigue, notamment dans la relation entre le Mercenaire et Nan-Tay.
Malgré cette sensation d'immobilisme et de manque de mouvement due, en partie, à l'utilisation de la technique de la couleur directe, nombreuses sont les planches époustouflantes. Retenons, entre autres, la procession qui accompagne le Mercenaire lorsqu'il se rend aux épreuves (quelle magnifique pleine page !) ou encore le découpage de l'action de la scène du combat contre le géant, frappant de limpidité.

Comme le premier tome, il n'y a aucun crédit pour la traduction, en tout cas pas dans mon édition (il s'agit de la troisième). Une recherche sur la Toile n'a pas permis de retrouver le nom du traducteur. Quoi qu'il en soit, il n'y a rien à redire sur le texte.

L'intrigue est captivante, bien que moins équilibrée que dans le second tome. Visuellement, c'est toujours splendide. Alors que le rythme de parution de Segrelles était, jusqu'ici, soutenu, il faudra attendre quatre ans avant le volume suivant, "Sacrifice".

Mon verdict : ★★★★☆

Barbuz

dimanche 18 septembre 2016

Le Mercenaire (tome 2) : "La Formule" (Glénat ; mai 1983)

"Le Mercenaire" est une série de bande dessinée créée et réalisée (scénarisée, dessinée, encrée et mise en couleur) par l'artiste espagnol (catalan) Vicente Segrelles. Elle a d'abord été publiée en Espagne à partir de mars 1981, dans le premier numéro du journal "Cimoc", sous le titre "El Mercenario". En France, elle a été publiée dans le magazine Circus, qui appartenait aux éditions Glénat. C'est chez Glénat que paraîtront les treize tomes de cette série médiévale fantastique (que l'on peut hélas considérer comme achevée), entre 1982 et 2004.
"La fórmula" est le titre VO de ce second tome (quarante-cinq planches), sorti en VF en 1982 sous le titre "La Formule". Il a connu cinq éditions en tout, dont une en format poche ("J'ai lu").

Après être parvenu à libérer la fille du chef d'une cité, qui était retenue prisonnière par le Peuple du Feu (voir le premier tome), le Mercenaire retourne à ses occupations. Ayant perdu la totalité de son équipement (y compris ses armes) lors de cette mission, il se trouve dans l'échoppe d'un artisan afin de s'y fournir un matériel. Il essaie d'abord un heaume, qui ne lui convient pas à cause d'une visibilité trop limitée. Son attention est ensuite attirée par une superbe armure blanche. Mais l'artisan est réticent ; l'ensemble est cher et il ne veut pas offrir au Mercenaire les conditions (de paiement) dont son client bénéficie habituellement. Un homme les écoute ; il est relativement âgé et porte la barbe. Il est vêtu d'une longue robe et porte un couvre-chef qui laisse supposer qu'il est magicien. Ses oreilles sont ornées d'anneaux. Il s'immisce dans la discussion ; l'artisan le reconnaît, il s'agit de l'alchimiste Claust. Claust est à la recherche d'un garde du corps pour un voyage de plusieurs jours et se dit prêt à rémunérer le Mercenaire avec l'armure blanche. Lorsque le Mercenaire s'enquiert de la destination, Claust répond qu'il s'agit de la Grande Plaine. Le Mercenaire est perplexe ; l'endroit est difficile d'accès, soumis à un climat rude et est peuplé d'animaux féroces. Mais Claust affirme s'y être déjà rendu plusieurs fois. Le Mercenaire hésitant, Claust ajoute à l'offre toutes les armes dont celui-ci aura besoin et le Mercenaire accepte.
Les deux hommes décollent, installés sur le dragon de Claust, équipé pour la circonstance. La créature ailée les mène à la frontière de la Zone des Grands Froids. Le Mercenaire suit les conseils et les indications de Claust, qui semble bien connaître l'endroit. L'alchimiste lui ordonne de prendre une gorge, mais il s'aperçoit avec stupeur que le passage est bloqué par un amoncellement de roches dû à un éboulis...

Ce second tome est excellent. Le Mercenaire (c'est le seul nom qu'il portera tout au long de la série) se fait engager par un alchimiste ambitieux, peu scrupuleux et ne reculant devant rien pour arriver à ses fins. Le Mercenaire, n'écoutant que sa conscience, va ici se faire un ennemi puissant. C'est également dans cet album qu'il rencontre le Lama (le grand maître) de la Cité du cratère ainsi que la belle Nan-Tay. Le texte est réparti avec plus d'équilibre que dans le tome précédent. L'album compte toujours plusieurs cases sans texte, ce qui donne plus de poids aux dessins.
Graphiquement, certaines planches sont à couper le souffle. La narration de Segrelles est toujours très décompressée, surtout lors des scènes d'action, ce qui a pour effet à la fois de figer l'instant, mais aussi de donner davantage d'impact aux détails et de renforcer la lisibilité de l'ensemble. La scène lors de laquelle Nan-Tay fiche un carreau d'arbalète en pleine gueule du monstre marin, lui enlevant quasiment la moitié de la tête, est absolument remarquable, tout comme celle de la joute aérienne, spectaculaire. Notons le travail sur l'expressivité des visages et les couleurs.

Si le premier tome ne précisait aucun crédit pour la traduction, le tir est ici rectifié. Le traducteur (ou peut-être la traductrice ?) de ce second tome est un(e) certain(e) M-F (Marie-France ?) Cenci, inconnu(e) au bataillon. Il n'y a rien à redire.

Ce second tome est important, car il met en scène plusieurs personnages récurrents dans la continuité de la série. Les illustrations sont somptueuses. La suite des aventures du Mercenaire est contée dans le troisième volume, intitulé "Les Épreuves".

Mon verdict : ★★★★★

Barbuz

samedi 17 septembre 2016

Le Mercenaire (tome 1) : "Le Feu sacré" (Glénat ; avril 1982)

"Le Mercenaire" est une série de bande dessinée créée et entièrement réalisée par l'artiste espagnol (catalan) Vicente Segrelles. "Le Mercenaire" a été publié en Espagne à partir de mars 1981, dans le premier numéro du journal "Cimoc", sous le titre "El Mercenario". En France, les aventures du Mercenaire ont été publiées dans le magazine Circus, qui appartenait aux éditions Glénat. C'est chez Glénat que paraîtront les treize tomes qui composent cette série médiévale fantastique. Le premier tome date de 1982, et le treizième et dernier, de 2004.
Le titre VO de ce premier tome est "El pueblo del fuego sagrado". Cet album de quarante-sept planches est d'abord sorti sans titre. Celui de "Feu sacré" a été ajouté en 1986, à l'occasion de la seconde édition. Il a connu quatre éditions en tout, dont une en format poche dans la collection BD des éditions "J'ai lu".

L'action se déroule dans "une grande vallée, nichée dans les hauteurs de la vaste zone montagneuse du continent". Totalement isolé, cet endroit a connu une évolution complètement différente de celle du reste de la planète. C'est une région sauvage où les grands reptiles ont survécu et ont évolué, avec le temps, en des créatures ailées que l'homme est parvenu à dompter. Les habitants de cette vallée ne sont jamais descendus plus bas que l'impénétrable mer de nuages qui sépare les sommets des terres basses et ont ainsi développé une civilisation des hauteurs.
Un homme lourdement armé et équipé, juché sur son lézard ailé, parcourt les cieux et survole les nuages. Il s'approche d'une cité perchée dont le pont-levis mène à un promontoire rocheux. Du sommet de celui-ci, retenu par un bloc de pierre, dépasse un long mât de bois horizontal à l'extrémité duquel une femme, entièrement nue, est pendue dans le vide par les poignets. L'homme en armure amorce une manœuvre d'approche et, d'un coup de lance, tranche la corde qui retient la jeune femme. Libérée, celle-ci tombe directement dans les bras de son sauveur...

Il est indéniable que cette série culte qu'est "Le Mercenaire" s'inspire de certains codes du "merveilleux héroïque" : la période lors de laquelle se déroule cette série pourrait être comparée à la fin de notre Moyen Âge ou au début de la Renaissance, avec en plus des reptiles ailés, des monstres terrifiants et d'étranges cités. Le Mercenaire est un homme qui fait passer son métier avant tout ; certains de ses clients (clientes) ne montreront cependant pas le même niveau d'intégrité et il va l'apprendre à ses dépens. L'utilisation du texte est assez particulière. Nombreuses sont les cases sont le moindre mot et les dialogues sont parfois très succincts, alors qu'à d'autres endroits, l'auteur utilise des cartouches particulièrement bien remplis.
Bien que certaines cases de cet album aient vieilli et que le style graphique puisse aujourd'hui sembler démodé (peut-être à cause du choix de certaines couleurs), l'univers visuel de Segrelles reste époustouflant. L'artiste peint toutes ses planches à l'huile dans un style hyperréaliste. Bien qu'il s'agisse de son premier album de bande dessinée, Segrelles a quarante-et-un ans lorsqu'il le réalise ; il dispose donc déjà d'une certaine maturité artistique. Personnages et paysages sont soignés. La liberté de ton visuel pourra aujourd'hui surprendre ; les principaux personnages féminins semblent arborer fièrement leur corps dans une demi-nudité quasi permanente. Chaque protagoniste dispose d'une physionomie qui lui est propre. Par contre, les planches manquent souvent de mouvement, d'autant que Segrelles utilise un découpage classique dont l'action est parfois très décompressée ; cela pourra donner l'impression que l'action est figée et qu'elle se déroule au ralenti, mais, d'un autre côté, cela renforce encore la sensation d'onirisme que dégagent ces merveilleuses planches.

Assez curieusement, il n'y a aucun crédit pour la traduction, en tout cas pas dans cette édition, qui n'est pourtant pas la première ; après une recherche sur la Toile, force est de constater que le nom du traducteur semble être tombé aux oubliettes.

Le Mercenaire est une série culte qui avait attiré l'attention et les compliments de Federico Fellino (entre autres) : le réalisateur en avait loué la beauté. Cet album n'est sans doute pas le meilleur de la série, mais il est déjà très abouti visuellement.

Mon verdict : ★★★★☆

Barbuz