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mercredi 20 mars 2024

"The Fable" : Tome 6 (Pika Édition ; février 2022)

Publié chez Pika Édition (groupe Hachette Livre) en février 2022, dans la collection "Pika Seinen" de l'éditeur, cet ouvrage est le sixième volume de la version française du manga seinen "The Fable", également sous-titré "The silent killer is living in this town". C'est un fascicule broché, de dimensions 13,0 × 18,0 cm, avec jaquette plastifiée amovible et colorisée. Il comprend à peu près deux cents planches (en incluant les couvertures) en noir et blanc (en nuances de gris plus précisément) ; il se lit de droite à gauche. Au Japon, la série fut prépubliée de 2014 à 2019 dans "Weekly Young Magazine" (éditeur Kōdansha Ltd). 
C'est Katsuhisa Minami qui a créé cette série et entièrement réalisé ce sixième numéro : le scénario, les dessins et l'encrage. L'auteur, né en 1971, est encore peu connu dans nos contrées : rares sont ses œuvres qui ont été traduites en français. Outre "The Fable", Minami a aussi produit deux saisons de "Naniwa Tomoare" - une publication qui lui vaut le 41e prix Chiba Tetsuya (en 1999). Enfin, "The Fable", qui compte vingt-deux volumes en tout, a été adapté en film sous le même titre, en 2019. 

Précédemment, dans "The Fable" : Kojima donne ses consignes à Misaki pour le rendez-vous à venir. Qu'elle soit "maquillée et sapée comme il faut", la jupe la plus courte possible ; Misaki se soumet. Une autre pique, puis Kojima la dépose et part. 
Yōko reçoit Takahashi ; pendant qu'elle lui prépare un café, elle s'enquiert de ses nouvelles, car il est "drôlement occupé, ces derniers temps". Visiblement soucieux, Takahashi explique qu'il ne doit "pas lâcher" le gars avec qui il travaille actuellement. Yōko insiste, elle trouve qu'il a mauvaise mine. Peut-être pourraient-ils sortir demain soir "pour se changer un peu les idées". À sa surprise, Takahashi décline : il est "de corvée" pour "une affaire vachement importante à régler". Elle feint une moue : il ne l'emmène nulle part ces derniers temps. Il lui promet qu'il aura bientôt plus de disponibilité et qu'ils pourront "de nouveau s'amuser". À ce moment, elle lui offre alors un petit présent pour s'excuser du soir où il s'est écroulé après avoir trop bu... 

Ce numéro est une surprise, encore qu'elle soit d'une nature particulière. Cela démarre avec une autre démonstration du talent de comédienne de Yōko : Takahashi n'y voit que du feu - le lecteur aussi. Puis ce dernier assiste aux préparatifs d'Akira et s'impatiente déjà à l'idée de scènes d'action complètement folles. Pour bien faire les choses, l'auteur désavantage son surdoué en ne lui permettant qu'une arme de fortune. C'est bien vu, car ça souligne la débrouillardise d'Akira. En outre, ce détail met l'eau à la bouche, le lecteur déduit que la confrontation s'annonce spectaculaire parce que plus équilibrée. La promesse de l'évènement à venir cristallise ses attentes. Entre-temps, un nouveau venu vient semer la confusion dans les esprits - ceux de Takeshi et du lecteur ; tous les criminels semblent converger vers la tranquille petite - et ennuyeuse - ville fictive de Taihei. Jusque-là, "The Fable" contenait un brin d'érotisme mâtiné d'humour potache, caractéristique devenue une marque de fabrique. Ici, voilà que le lecteur est témoin d'une fellation contrainte et d'une tentative de rapport sexuel forcé ! L'étonnement et le malaise engendrés sont démultipliés par la relative absence de dramatisation de la situation, due au manque de combativité de Misaki (c'est se soumettre ou être battue) et à l'intervention imminente d'Akira (le lecteur sait que le calvaire de Misaki ne va pas durer). Minami avait commencé à explorer certaines facettes négatives de la sexualité, mais là, cette scène transforme la perception que le lecteur avait de la série et de sa facette comique et légère. Quant au double face-à-face (Kojima et Sunagawa ; Fable et l'inconnu), le passage de l'affrontement dans l'aciérie, soigné et décompressé, est un modèle de montée en tension et de lisibilité malgré sa relative complexité due à l'agencement des lieux et à la disposition des protagonistes (on ne voit pas Sunagawa s'éclipser, mais peu importe) : Misaki démontre qu'il maîtrise les trois dimensions. La conclusion de ce tome est cependant particulièrement abrupte, voire maladroite, au point que le lecteur se demande si son exemplaire est complet ou s'il manque une poignée de pages. 
Minami produit une partie graphique de qualité, de son trait fin, méticuleux, avec une étude du détail qui donne de la substance aux compositions. Ce sont les t-shirts et leurs emblèmes et slogans, par exemple, conf. la double planche en pages 70-71. Combinée à la minutie du dessinateur, la densité du détail est aussi équilibrée que mesurée ; c'en est admirable, le lecteur prend du plaisir à observer ces planches. C'est aussi l'aspect naturel et réaliste du langage corporel : Misaki, ses bras croisés et sa tête rentrée dans les épaules, comme prostrée sur elle-même, alors qu'elle part pour son rendez-vous. Ebihara, en revanche, n'exsude aucune inquiétude. Peut-être l'artiste a-t-il voulu montrer que ce dur à cuire ne craint pas la mort ? Possible, mais le lecteur l'a déjà vu plus troublé. En tout cas, une jolie régularité de Minami. 
La traduction est effectuée par Djamel Rabahi, comme dans les trois numéros précédents. Son texte est encore impeccable, ni faute ni coquille. Un travail de qualité.

La violence de la série grimpe d'un cran. Au retour des fusillades et des bagarres s'ajoute une autre violence - d'ordre sexuel - axée sur Misaki ; la jeune femme incarne avec stoïcisme l'archétype de la victime soumise. Le lecteur va de surprise en surprise et ne sait plus à quoi s'attendre. À défaut d'être intact, son intérêt reste vif. 

Mon verdict : ★★★★☆

Barbüz
Copyright © 2014 Les BD de Barbüz

The Fable / Akira Satō, Yōko Satō, Misaki Shimizu, Clan Maguro, Kojima, Takeshi Ebihara, Sunagawa, Takahashi, Kuro, Taihei, Pika

jeudi 5 octobre 2023

"The Fable" : Tome 5 (Pika Édition ; décembre 2021)

Sorti chez Pika Édition (groupe Hachette Livre) en décembre 2021, dans la collection "Pika Seinen" de l'éditeur, ce recueil est le cinquième numéro de la version française du manga seinen "The Fable" - parfois sous-titré "The silent killer is living in this town". C'est un fascicule broché, de dimensions 13,0 × 18,0 cm, avec jaquette plastifiée amovible et colorisée. Il comprend à peu près deux cents planches (en incluant les couvertures) en noir et blanc (en nuances de gris plus précisément) ; il se lit de droite à gauche. Au Japon, la série fut prépubliée de 2014 à 2019 dans "Weekly Young Magazine" (éditeur Kōdansha Ltd). 
C'est Katsuhisa Minami qui a créé cette série et entièrement réalisé ce cinquième recueil : le scénario, le dessin et l'encrage. L'auteur, né en 1971, est encore peu connu dans nos contrées : rares sont ses œuvres qui ont été traduites en français. Outre "The Fable", Minami a aussi produit deux saisons de "Naniwa Tomoare" - une publication qui lui vaut le 41e prix Chiba Tetsuya (en 1999). Enfin, "The Fable", qui compte vingt-deux volumes en tout, a été adapté en film sous le même titre, en 2019. 

Précédemment, dans "The Fable" : Un soir. Kojima est en embuscade devant chez Misaki ; il attend patiemment qu'elle rentre du travail. Lorsqu'elle arrive, il l'accoste sans tarder et cherche à la déstabiliser en énumérant ses divers noms de scène. 
Misaki est interloquée, mais Kojima enchaîne ; alors, par quel nom doit-il l'appeler ? Miki Kawamura ? Tsubasa Yamakawa ? Ou Misaki Shimizu ? Se reprenant, elle répond qu'elle s'appelle Misaki. Kojima continue tranquillement. Qu'elle l'excuse d'aborder ce sujet à leur première rencontre, mais il va bientôt "se lancer dans une affaire de deliheal". Voyant qu'elle ne le suit pas, il précise qu'il s'agit de "delivery health" ; il imagine qu'elle connaît. Alors comme "il paraît" qu'elle cumule "les petits boulots", il s'est dit qu'elle serait intéressée par le fait de "gagner dix fois plus" sans trop se fatiguer. Elle rétorque qu'elle n'exerce pas ce genre de travail, qu'elle ignore qui il est. Qu'il la laisse tranquille ! Mais Kojima s'attendait à ce qu'elle réagisse ainsi... 

Ce cinquième tome se dévore d'une seule traite : il est impossible de le lâcher avant de l'avoir achevé. Il faut dire que Minami semble être maître dans l'art de doser la tension. Il utilise principalement Kojima - parfait reflet contraire de Fable - pour cette montée de pression. Le lecteur est immédiatement accroché : comment Misaki, jeune femme agréable qui cumule les boulots pour vivre décemment, peut-elle résister à un yakuza encore plus enclin à la violence que ses comparses ? Bien entendu, se limiter à ça étant trop simple, Minami corse l'affaire en imaginant une chaîne de protagonistes dont chaque maillon (sauf le dernier, et encore) a un ennemi dans le dos : Misaki et Kojima, Kojima et Sunagawa, et Sunagawa et "Akira". Chaque maillon élabore un plan pour sa cible : selon le cas, l'exploiter, le supprimer ou l'empêcher d'agir. "Akira", lui, est exposé à un double dilemme. D'un côté, vivre normalement (comme il le lui a été ordonné) ou reprendre son activité, de l'autre être le chevalier blanc de Misaki ou rendre service à Takeshi Ebihara, le lieutenant du clan Maguro. Minami écrit donc une variation sur le thème de la tentation de saint Antoine, ladite tentation prenant ici sous la forme d'une faveur demandée - voire d'une transaction, puisque Fable récupère la Nissan Skyline "Hakokusa". La dynamique de ce système fonctionne à merveille et s'avère irrésistible, le lecteur suit impatiemment les décisions et les mouvements de chaque camp en guettant les éventuelles complications. La sexualité est toujours présente. C'est Kojima qui force Misaki à lui sucer les deux doigts pour feindre une fellation (la sensation flagrante de contrainte pourra gêner le lecteur). C'est Kainuma qui viole à nouveau l'intimité de la jeune femme - à défaut de la violer elle, sans doute ? L'humour n'est pas en reste. C'est Kainuma qui bout intérieurement et se défoule (de façon maîtrisée) sur son écran à l'idée d'une idylle naissante entre "Akira" et Misaki. C'est "Akira" qui se promène entièrement nu, sans volonté aucune de s'exhiber, mais dans l'ignorance la plus totale des conventions sociales les plus fondamentales (que le point de vue soit japonais ou occidental). 
Minami livre une performance graphique méritoire. Ses personnages sont très réussis. Par exemple : le langage corporel de Kojima, lorsqu'il intimide Misaki, révèle son assurance et sa désinvolture. Misaki touche par un charme discret. Takeshi exprime toute son inquiétude, mêlée de colère et de surprise. Il y a aussi la "Hakosuka", qui dévale les rues de la ville et est représentée sous des angles de prises de vues qui accentuent son aspect sportif. Ajoutons une nuée de traits multidirectionnels afin de figurer la vitesse : effet garanti. Le lecteur pourra regretter ces décors souvent épurés, parfois réduits à une simple couche de couleur unie ; il ne pourra pas ne pas le relever, mais cela ne le perturbera pas s'il évite d'y accorder trop d'attention. À sa décharge, il est probable que Minami œuvre sans décoriste ; point à confirmer. 
La traduction a été à nouveau effectuée par Djamel RabahiIl propose là un texte tout à fait compréhensible et impeccable, ni faute ni coquille. Un travail de qualité.

La pression monte de plus en plus dangereusement, dans cette petite ville de province que les plans des différents protagonistes risquent de transformer en poudrière. Certains personnages sont sous les feux de la rampe, alors que d'autres sont à peine utilisés ; cela n'enlève néanmoins rien à l'efficacité et à l'énergie de ce tome. 

Mon verdict : ★★★★

Barbüz
Copyright © 2014 Les BD de Barbüz

The Fable, Akira Satō, Yōko Satō, Misaki, Kainuma, Yakuzas, Clan Maguro, Kojima Ebihara, Takeshi Ebihara, Takahashi, Katsuhisa Minami, Pika

jeudi 29 juin 2023

"The Fable" : Tome 4 (Pika Édition ; octobre 2021)

Publié chez Pika Édition - groupe Hachette Livre - en octobre 2021 dans la collection "Pika Seinen" de l'éditeur, ce recueil est le quatrième numéro de la version française du manga seinen "The Fable" - parfois sous-titré "The silent killer is living in this town". C'est un fascicule broché, de dimensions 13,0 × 18,0 cm, avec jaquette plastifiée amovible et colorisée. Il comprend à peu près deux cents planches (en incluant les couvertures) en noir et blanc (en nuances de gris plus précisément) ; il se lit de droite à gauche. Au Japon, la série fut prépubliée de 2014 à 2019 dans "Weekly Young Magazine" (éditeur Kōdansha Ltd). 
C'est Katsuhisa Minami qui a créé cette série et entièrement réalisé ce quatrième recueil, le scénario : le dessin et l'encrage. L'auteur, né en 1971, est encore peu connu dans nos contrées : rares sont ses œuvres qui ont été traduites en français. Outre "The Fable", Minami a aussi produit deux saisons de "Naniwa Tomoare" - une publication qui lui vaut le 41e prix Chiba Tetsuya (en 1999). Enfin, "The Fable", qui compte vingt-deux volumes en tout, a été adapté en film sous le même titre, en 2019. 

Précédemment, dans "The Fable" : Croyant avoir perdu ses clés, Misaki est désemparée. Akira propose que sa sœur l'héberge, mais ils la trouvent ivre. Kainuma, lui, pénètre chez Misaki. Il découvre qu'elle est - aussi - actrice de films pour adultes. 
Passablement éméchée, Yōko s'amuse à déformer de ses doigts le visage de Misaki pour créer des grimaces. Elle est la seule à en rire. Akira la prie de cesser. Yōko lui oppose sa théorie, plus une fille est "mignonne à la base", "plus ses grimaces peuvent faire marrer" ! Elle tient également à mieux connaître Misaki, puisqu'elle va dormir chez elle. Sur ces mots, elle enchaîne sur une partie de pierre-papier-ciseaux. Misaki perd à nouveau, ce qui lui vaut une vanne de Yōko, qui reprend aussitôt la séance de grimaces et affirme à Akira que Misaki est plus drôle que "son" Jackal Tamioka. Akira présente ses excuses à Misaki, qui est de bonne composition. Épuisée, Yōko finit par s'endormir au bout d'un moment. Misaki remercie encore Akira et sa sœur... 

Voici une nouvelle tranche de vie très spéciale dans cette petite ville de province japonaise. Ce volume est assez largement centré sur le personnage de Kojima, libéré après "quinze ans de taule". Le jeune homme est autoritaire, brutal, cruel, imprévisible, retors, et violent : des manières qui n'ont plus rien à voir avec celles d'un clan qui essaie de survivre sans remous. Kojima confirme la vilaine première impression qu'il avait laissée au lecteur. Ce sera donc le petit grain de sable, car nul doute que c'est par lui qu'arriveront les ennuis pour le clan Maguro. Le lecteur salive déjà à l'idée de l'inévitable confrontation. Mais pour développer Kojima, Minami doit évincer temporairement le personnage de Takeshi Ebihara - le frère aîné. À cet égard, l'hospitalisation du lieutenant du clan à la suite d'un infarctus est pratique, mais elle est plausible et justifiée ; l'artifice narratif en vaut largement un autre. Autre protagoniste important de ce volet : Yōko. La jeune femme dispose d'énormément de temps libre, mais elle s'ennuie "à mourir" et n'aspire qu'à s'enivrer et s'amuser avec les hommes. Elle en trouvera un au bar "Buffalo" : Yūki Kawai, un jeune séducteur. Minami nous offre une scène aussi incroyable qu'hilarante dans laquelle Yōko se livre à une formidable composition de jeune fleur timide pendant que Yūki fait la roue, en bon petit paon qu'il est. Cette séquence est incroyablement jubilatoire : un véritable petit joyau comme seuls les mangas peuvent en offrir. Quant à Akira/Fable, il partage son temps entre le travail et son domicile, où il vit nu en visionnant des soaps aussi décalés qu'idiots (une pique envers la télévision japonaise ?) dans lesquels joue son idole Jackal. Cet humour absurde et poussif ne marche qu'un temps : il s'en dégage un relent de réchauffé. Le jeune assassin montre toute sa perspicacité et le lecteur comprend avec le recul une scène sibylline du troisième tome. Minami place Akira en retrait afin d'obtenir de la latitude pour développer ses autres personnages ; cela étant, notre tueur à gages commence lui aussi à ressentir les effets de la routine, et il veille donc à ne pas oublier de rester en forme et aussi affuté que possible. 
La partie graphique est toujours un plaisir pour les yeux. Minami réalise à nouveau un travail remarquable sur l'expressivité de ses personnages, l'une des séquences les plus fortes étant sans aucun doute celle du chapitre 35, où l'angoisse jaillit du regard du prisonnier bâillonné de Kojima. Yōko et Misaki sont aussi irrésistibles l'une que l'autre, tandis que toute la noirceur de l'âme Kojima est exprimée sur son visage. Le réalisme et la précision de certains accessoires ou objets sont étonnants, exemple avec le revolver Colt Python en page 58, doté d'un design, d'une géométrie et de lignes d'une indéniable perfection. S'agirait-il d'une photo numérisée qui a ensuite été encrée ? Possible - mais rien n'est moins sûr. Il y a d'autres qualités à souligner, principalement la lisibilité et la fluidité du découpage, et le juste dosage de détail. 
La traduction de Djamel Rabahi propose un texte tout à fait compréhensible. Notons néanmoins une faute d'accord élémentaire en page 101 : c'est "tiré" et pas "tirer".

Dans cette petite ville, l'ennui menace de tous les côtés cette tranquillité bien fragile, à laquelle aspire le clan Maguro pour pouvoir survivre ; l'endroit est sur le point de devenir une véritable Cocotte-Minute. Avec un scénario solide et des surprises bien pensées, ce quatrième volume se lit d'une seule traite et avec gourmandise. 

Mon verdict : ★★★★☆

Barbüz
Copyright © 2014 Les BD de Barbüz

The Fable, Yōko, Misaki, Yakuzas, Clan Maguro, Kojima Ebihara, Takahashi, Kuro, Katsuhisa Minami, Pika

jeudi 6 avril 2023

"The Fable" : Tome 3 (Pika Édition ; août 2021)

Sorti chez Pika Édition - du groupe Hachette Livre - en août 2021 dans la collection "Pika Seinen" de l'éditeur, cet ouvrage est le troisième numéro de la version française du manga seinen "The Fable", parfois sous-titré : "The silent killer is living in this town". C'est un fascicule broché, de dimensions 13,0 × 18,0 cm, avec jaquette plastifiée amovible et colorisée. Il comprend à peu près deux cents planches (en incluant les couvertures) en noir et blanc (en nuances de gris plus précisément) ; il se lit de droite à gauche. Au Japon, la série fut prépubliée de 2014 à 2019 dans "Weekly Young Magazine" (éditeur Kōdansha Ltd). 
C'est Katsuhisa Minami qui a créé cette série et a entièrement réalisé ce troisième recueil, le scénario, le dessin et l'encrage. L'auteur, né en 1971, est encore peu connu dans nos contrées : rares sont ses œuvres qui ont été traduites en français. Outre "The Fable", Minami a aussi produit deux saisons de "Naniwa Tomoare" - une publication qui lui vaut le 41e prix Chiba Tetsuya (en 1999). Enfin, "The Fable", qui compte vingt-deux volumes en tout, a été adapté en film sous le même titre, en 2019. 

Précédemment, dans "The Fable" : Après l'avoir invité au restaurant, Takeshi Ebihara, le lieutenant du clan Maguro, persuade "Akira" de se trouver un emploi. Apercevant Misaki, il lui révèle son faible pour elle et lui ordonne de ne pas l'approcher. 
"Yōko" est chez elle, assise à la table de sa cuisine ; l'air fatigué, elle sirote une tasse de thé bien chaud. Elle jette un œil au sol. Allongé à même le parquet, Takahashi dort profondément en ronflant, le tuyau de l'aspirateur presque enroulé autour de son cou. Yōko est circonspecte ; hier soir, elle le trouvait "tout mignon", mais depuis, quelque chose "a changé". De son côté, "Akira" est réveillé par la lumière du jour, qui filtre à travers le store de la salle de bains ; il a passé la nuit dans la baignoire. Il la programme afin qu'elle se remplisse automatiquement et à la bonne température ; il jouit de l'instant. Ebihara débarque au siège du clan Maguro, un bâtiment cossu. Là, il tombe sur Kuro ; il demande au jeune homme où se trouve Takahashi... 

La couverture est trompeuse, ce n'est pas ici que Fable reprend du service. Minami continue à installer le contexte et à développer la substance des personnages. Cela prend du temps ; par conséquent, le rythme tourne au ralenti. Après Takahashi dans le tome deux, c'est à Kuro que l'auteur s'intéresse. Ce jeune homme à la chevelure peroxydée n'a d'autre ambition que de devenir tueur à gages, et pour mentor, c'est Fable qu'il souhaite. Il est prêt à tout pour attirer l'attention de celui qu'il considère déjà comme son maître. Gâchis ? À sa décharge, le marché du travail japonais n'a rien d'enthousiasmant ni de glamour. À travers la recherche d'emploi pleine d'humour d'Akira, Minami dépeint un Japon laborieux à l'opposé de l'image élitiste des keiretsu. C'est l'envers du décor ; celui des PME/TPE dont la survie ne tient qu'à un fil, des bas salaires, et des emplois ingrats. Et encore faut-il être coopté ! Mais nous sommes au pays où le chômage est un déshonneur. Ainsi, Fable/Akira accepte un poste de livreur (et nettoyeur de toilettes) payé 800 yens de l'heure (l'équivalent de 6,10 euros) dans une petite boîte de graphisme dont le patron - qui n'a rien d'un startuper - vit dans l'agence même pour "réduire les dépenses". Fable/Akira, entre journées de boulot et programmes télévisés d'une ineptie grossière, continue tant bien que mal à se fondre dans le moule. Malgré son palmarès long comme le bras, il a ses chances d'y parvenir, les autres personnages masculins ne valant guère mieux ; outre Kuro, il y a Kainuma, un pervers qui s'introduit chez Misaki après lui avoir volé ses clés et viole son intimité, paré de sa lingerie, et Kojima, jeune yakuza enclin à la violence qui vient de tirer quinze ans, qui refuse de comprendre que "les temps ont changé", et qui n'aspire qu'à regagner son titre de "prophète de la terreur". Il est instructif, ce développement sur les yakuzas (s'il est authentique): Ebihara y explique l'évolution nécessaire des clans, l'apparition du salariat, la désuétude des armes à feu, etc. Pour conclure, le lecteur se dit que "The Fable" s'encroûte un brin, mais pour l'instant la série reste cohérente, drôle, décalée, et continue à se lire avec plaisir. 
La partie graphique ravit le lecteur. Il retrouve avec bonheur ce trait précis, exact, ces arrière-plans détaillés sans surcharge, bien que beaucoup soient parfois réduits à une simple couche de couleur unie (surtout pour les gros plans, les plans poitrine et les plans taille), cette approche réaliste de l'expressivité, et le réalisme presque naturaliste qui caractérise l'œuvre : les postures des personnages, les vêtements (les costumes des yakuzas cadres, sans fantaisie), les objets de la vie quotidienne, les véhicules, ou encore l'absence d'invraisemblances anatomiques. La limpidité des compositions, la science du découpage, et la clarté des enchaînements figurent parmi les points forts de Minami. Notons quand même que certaines planches présentent un encrage un peu trop atténué. Elles manquent donc d'un peu de contraste. 
La traduction de Djamel Rabahi propose un texte tout à fait compréhensible. Relevons néanmoins une faute d'accord élémentaire, en page 137 ("opposé" prend un "s").

Ce troisième numéro est dans la lignée du deuxième. L'absence d'action décevra à tous les coups, mais Minami continue à développer le cadre et le contexte autour de Fable/Akira. Les seconds rôles qu'il a conçus sont réussis et la galerie, qui commence à s'étoffer, permet à l'auteur une gestion plus équilibrée des personnages. 

Mon verdict : ★★★★☆

Barbüz
Copyright © 2014 Les BD de Barbüz

The Fable, Misaki, Yakuzas, Clan Maguro, Takeshi Ebihara, Takahashi, Kuro, Kojima, Katsuhisa Minami, Pika

jeudi 26 janvier 2023

"The Fable" : Tome 2 (Pika Édition ; juin 2021)

Publié chez Pika Édition (du groupe Hachette Livre) en juin 2021, dans la collection "Pika Seinen" de l'éditeur, cet ouvrage est le deuxième volume de la version française du manga seinen "The Fable", parfois sous-titré : "The silent killer is living in this town". C'est un fascicule broché, de dimensions 13,0 × 18,0 cm, avec jaquette plastifiée amovible et colorisée. Il comprend à peu près deux cents planches (en incluant les couvertures) en noir et blanc (en nuances de gris plus précisément). Il se lit de droite à gauche. Au Japon, la série fut prépubliée de 2014 à 2019 dans "Weekly Young Magazine" (éditeur Kōdansha Ltd). 
C'est Katsuhisa Minami qui a créé cette série et a entièrement réalisé ce second volume : le scénario, le dessin, et l'encrage. L'auteur, né en 1971, est encore peu connu dans nos contrées : rares sont ses œuvres qui ont été traduites en français. Outre "The Fable", Minami a aussi produit deux saisons de "Naniwa Tomoare" - une publication qui lui vaut le 41e prix Chiba Tetsuya (en 1999). Enfin, "The Fable", qui compte vingt-deux volumes en tout, a été adapté en film sous le même titre, en 2019. 

Précédemment, dans "The Fable" : Fable se laisse tabasser par les deux hommes de main que Takahashi a engagés - mais il le fait en feignant la douleur et en amoindrissant les impacts. Dupés, les deux autres filent. Quant à Fable, cela l'a amusé.
Taihei, Japon. Takeshi Ebihara - le premier lieutenant du clan Maguro - est en pleine discussion téléphonique avec Takahashi, son homme à tout faire. Ebihara n'en revient pas ! Comment ?! Takahashi a osé s'en prendre aux Satō ? Mais qui lui a demandé de "faire un truc pareil" ? Il soupire et laisse son sous-fifre raconter. Takahashi lui explique qu'il a engagé un ancien champion de muay-thaï, qui a passé à tabac Akira Satō - le frère. Ebihara n'en croit pas ses oreilles ! Takahashi ajoute que Satō a même saigné du nez, et qu'il a fini par "s'excuser en chialant" ! La perplexité se lit sur le visage d'Ebihara. Takahashi précise que son sbire "n'a pas touché à la sœur". Ebihara lui accorde une pause. Ensuite, il devra retourner à son poste dès que possible... 

Deuxième tome des aventures de Fable, ce tueur à gages aussi surdoué qu'asocial, envoyé au vert avec son assistante pour éviter d'être repéré. L'action débute tout de suite après la fin du premier volet. Minami consacre le tome au développement de quatre protagonistes, Fable (Akira), "Yōko", Takeshi Ebihara, et Takahashi. Ces deux derniers ont ceci de particulier qu'une poignée restreinte de figurants gravite autour d'eux : en permanence (les hommes de main) ou occasionnellement (le trafiquant d'armes). Minami explore la piste du quiproquo (Akira Satō est-il Fable ou un imposteur ?) et en fait le tour. Le lecteur est ainsi fixé. Oui, le clan Maguro a confirmation qu'il s'agit de Fable ; donc non, la série ne se développera pas autour de cette question. Mais sur Fable, rien de révélateur ; Ebihara le pousse dans ses retranchements avec des questions existentielles auxquelles il exige des réponses. Minami, pour le reste, imagine des scènes spectaculaires (l'ex-catcheur, le pont) où le jeune homme réalise prouesses physiques et acrobaties ; comme Jackal Tomioka, le comique, ça marche toujours, mais moins que dans le premier recueil. Ebihara, en revanche, est la grande réussite de ce tome dont il est la vedette, au fond. Le premier lieutenant est aussi ringard qu'il est brutal, imposant, inquiétant, intrépide ; tout en violence maîtrisée, mais qui sourd par ses pores, voilà un homme qui prétend peut-être séparer "le bon grain" (les yakuzas suivant le code de l'honneur) de l'ivraie (les tueurs en série). Takahashi, lui, s'attire un début de sympathie de la part du lecteur, qui l'avait d'abord pris pour un sbire bas du front ; la scène de la cuite est longuette, mais a le mérite d'atteindre l'objectif recherché, à savoir humaniser ce personnage. "Yōko" se situe entre garde-chiourme et jeune femme attirante souhaitant autant trouver le grand amour que s'amuser. Les animaux (le caïque à tête noire et le hamster) forment une autre catégorie de figurants, artifice pour meubler les scènes de solitude des Satō dans cette petite ville grisâtre. Minami maintient le rythme et alterne scènes d'action et tranches de vie. L'intérêt du lecteur baisse un peu, mais reste vif. 
Les dessins de Minami constituent l'un des points forts de "The Fable". Ce qui frappera peut-être le plus est le réalisme de son trait : loin des visages lisses et infantiles que l'on retrouve souvent dans les séries grand public du genre. Néanmoins, chaque personnage est immédiatement identifiable ; Ebihara, notamment, est fantastique de présence, de substance. Un autre élément notable est l'impressionnante maîtrise des nuances de gris de l'artiste, avec un encrage très présent, mais sans excès. Le mouvement est parfaitement figuré grâce aux nombreuses lignes de vitesse ; un procédé que Minami utilise régulièrement avec des doubles pages ou une mise en page moins convenue (inserts de forme irrégulière lors des séquences de combat, par exemple). La densité de détail est très satisfaisante, malgré les arrière-plans vides. 
C'est Mehdi Benrabah qui traduit, désormais ; à moins d'être japonisant, impossible de comparer avec la version originale. Deux fautes : une de mode et une de genre.

Après le coup de maître du premier volume, certains lecteurs pourront avoir la sensation que le soufflé retombe d'un cran. Minami martèle son propos avec des scènes d'action spectaculaires, qui impressionneront, mais moins que précédemment. Il prend également soin, en revanche, de donner de la substance à ses protagonistes. 

Mon verdict : ★★★★☆

Barbüz
Copyright © 2014 Les BD de Barbüz

Action, Tueur à gages, Manga, Seinen, The Fable, Yakuzas, Katsuhisa Minami, Pika

mardi 31 mai 2022

"The Fable" : Tome 1 (Pika Édition ; avril 2021)

Publié chez Pika Édition - groupe Hachette Livre - dans la collection "Pika Seinen" de l'éditeur, en avril 2021, cet album est le premier volume de la version française du manga seinen "The Fable". C'est un recueil broché format 13,0 × 18,0 centimètres, qui se lit de droite à gauche. Il compte (approximativement) deux cent quatre planches en noir et blanc avec des nuances de gris, et est protégé par une jaquette illustrée. Au Japon, la série fut prépubliée entre novembre 2014 et novembre 2019 dans "Weekly Young Magazine" (magazine de l'éditeur Kōdansha Ltd). 
C'est Katsuhisa Minami qui a créé cette série et qui réalise entièrement le premier tome : le scénario, le dessin, et l'encrage. Né en 1971, ce mangaka est peu connu dans nos contrées, car encore rares sont ses œuvres traduites en français. Outre "The Fable", Minami a réalisé deux saisons de "Naniwa Tomoare", œuvre qui lui a valu le 41e prix Chiba Tetsuya (1999). Enfin, "The Fable" inclut vingt-deux volets au total et a été adapté en film

De nos jours. Japon, banlieue de Tokyo. Sur le palier du cinquième étage, deux hommes en fuite appellent l'ascenseur ; celui qui commande s'excite bruyamment et appuie nerveusement sur le bouton d'appel à plusieurs reprises. Son acolyte le prie de ne pas paniquer ; il va "gagner un peu de temps". Après tout, "Tanaka et les autres" doivent être en bas, avec leur voiture. Le leader n'en peut plus, il est entouré de "bons à rien", c'est impossible. Tandis qu'il continue à écraser le bouton, son complice lui demande - à nouveau - de rester calme. Sur ces mots, il charge son pistolet automatique d'un claquement sec et se cache derrière le mur. Alors qu'il dépasse (à peine) la tête, un homme vêtu de noir et masqué, venant de l'autre bout du couloir, lui tire un projectile de son arme à silencieux et le touche sous l'arcade sourcilière droite. Net. L'autre s'effondre en lâchant son pistolet. Son acolyte n'en croit pas ses yeux. "D'une seule balle..." 

"The Fable" est l'histoire d'un tueur à gages - Fable, surnom attribué par le milieu à la suite des "exploits" qui ont fait de lui une légende - surdoué sans sa partie ; pour établir son personnage, Minami recourt à des scènes-chocs pour balayer le moindre doute que le lecteur pourrait avoir au sujet des compétences de Fable. En effet, le lecteur, après une introduction phénoménale, découvre un garçon d'une vingtaine d'années au physique banal : taille moyenne, fluet, et le visage inexpressif si ce n'est son regard de chien battu. Progressivement, Minami dévoile un asocial, une machine à flinguer qui vit comme un Spartiate, seul et sans ami proche, planque des armes partout chez lui (par exemple, dans le micro-ondes ou le poste radio), obsédé par le détail (un poil qui sort du nez de son interlocuteur), aspire à un professionnalisme supérieur, et ne rit que devant les pitreries de Jackal Tomioka - sorte de "Jackass" fictif à la japonaise, la folie en moins, la ringardise en plus. Rien n'est encore révélé sur son enfance ; néanmoins, il affirme qu'il a été "entraîné à abattre n'importe qui en six secondes maxi". Quel est le message de Minami, ici ? Dépeint-il une certaine jeunesse japonaise, peu empathique, repliée sur elle-même, qui se complaît dans la violence, et mène une vie sans perspective ? C'est plausible. En tout cas, son récit défile à un rythme soutenu, et le lecteur se plonge avec plaisir et addiction immédiate dans cette histoire maîtrisée, aussi violente que drôle, car l'humour est l'un des ingrédients majeurs de cette réussite complète, en témoignent les nombreuses scènes amusantes. Ajoutons une brochette de personnages secondaires soignés : l'agent prudent, la jeune et (très) jolie assistante, professionnelle et serviable, mais qui veut s'amuser, les yakuzas de province, aussi ridicules que méfiants, et les bagarreurs de troisième zone. Et ben sûr il y a ce défi (cet ordre) sur lequel s'appuie la série, ce repos forcé qui ne fait que commencer et amène ses premiers quiproquos. 
"The Fable" appartient à ces mangas dont le réalisme a été soigné. Le physique des jeunes femmes, cependant, a été particulièrement bichonné. Fin, le trait est d'une épaisseur régulière. Le travail de Minami ne se caractérise pas par des recherches de contraste entre ombre et lumière, les ombrages sont extrêmement légers, sans la moindre couche superflue : à peine quelques hachures et zones de gris. Le goût du détail (sans surcharge non plus) et de l'exactitude (dans la reproduction d'appareils, d'armes, de véhicules) se reflète tout au long de l'album. Les personnages de Minami sont expressifs, sans que cela soit exagéré comme dans d'autres œuvres du genre. Le rendu du flou de mouvement de l'artiste (lors des séquences d'action) est admirable. Autant d'ingrédients qui contribuent à l'identité visuelle de "The Fable"
La traduction est effectuée par Djamel Rabahi. Impossible de comparer avec la version originale à moins d'être japonisant. Notons néanmoins deux fautes de mode (ou de conjugaison). "Apprécier" suivi directement d'un infinitif (sans un "de") est fautif. 

Ce premier numéro est une réussite complète. Un savant mélange d'action, de violence - sans complaisance marquée -, et d'humour décalé, immédiatement captivant, voire addictif, que vient parachever une partie graphique particulièrement aboutie. 

Mon verdict : ★★★★★

Barbüz
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