samedi 8 décembre 2018

Archer et Armstrong : L'intégrale (Bliss Comics ; novembre 2016)

En 2013, Panini Comics obtient la licence Valiant pour la France et publie les trois premiers "Archer et Armstrong" (de la seconde "saison") entre novembre 2013 et janvier 2015, avant de renoncer en 2015 pour cause de ventes décevantes. En décembre 2015, Bliss Comics récupère les droits puis sort les trois derniers au format numérique entre mai 2016 et novembre 2016, réédite ensuite les six en une intégrale (papier) parue en novembre 2016, épais pavé à couverture cartonnée de sept cent vingt-cinq pages sans compter les généreux bonus, couvertures variantes, croquis, esquisses, explications, etc. Cet album comprend les "Archer & Armstrong" #1-25 (août 2012 à octobre 2014), avec le #0 de mai 2013, "Archer & Armstrong: Archer" #0 (février 2014), enfin, "Bloodshot and H.A.R.D. Corps" #20-21 (mars et avril 2014).
Fred Van Lente écrit la plupart des numéros, Karl Bollers, le #24, Ray Fawkes, Donny Cates, Eliot Rahal, Justin Jordan, Joey Esposito et John Layman, le #25, et Christos Cage et Joshua Dysart, "Bloodshot and H.A.R.D. Corps". Dessinateurs et encreurs : Clayton Henry, Pere Pérez, Emanuela Lupacchino, Álvaro Martinez, Khari Evans, ChrisCross, Tom Raney, Joseph Cooper, Mark Pennington, Al Barrianuevo, Ramon Villalobos, Andy Kuhn, Barry Kitson, Rafer Roberts, Joe Eisma. Coloristes : Matt Milla, David Baron, Allen Passalaqua, Gina Going, Pez Lopez, et Ulises Arreola.

Mésopotamie antique, cité d'Ur, vers 2.650 av. J.-C. Aram, un colosse barbu, encadré par deux gardes, est furieux. Son frère Ivar veut utiliser le Don pour ressusciter Gilad, leur frère mort. Le corps de ce dernier, enroulé dans un linceul, a été déposé sur un lit de pierre. Aram est certain que Gilad, le plus noble d'entre eux, aurait rejeté l'idée. Ivar astique une dague à la lame effilée. Il acquiesce ; certes, mais où cela l'a-t-il mené ? En tant qu'aîné, il doit prendre des décisions difficiles. Et sa décision est prise ; il utilisera le Don pour ramener Gilad à la vie. Aram, révolté, demande à Ivar combien de personnes il a l'intention de tuer pour y parvenir. Et Gilad, réplique Ivar, combien de vies a-t-il sauvées ?...

"Archer & Armstrong" est une série créée par Jim Shooter, Bob Layton, et Barry Windsor-Smith en 1992 qui tirera sa révérence après vingt-six numéros (le dernier datant d'octobre 1994). Dans cette nouvelle "saison", Van Lente  (sa préface n'est que verbiage) revient sur les origines d'Armstrong, colosse barbu haut en couleur et sympathique d'emblée, presque immortel, hédoniste absolu, aimant la bière, le vin, les femmes et la poésie. De l'autre côté, Armstrong, jeune homme adopté et élevé (parler de lavage de cerveau est plus approprié) dans un parc d'attractions par deux télévangélistes américains acoquinés à d'étranges groupuscules ; il est capable d'imiter toutes les compétences (combat, chirurgie...), est à la fois prude, foncièrement honnête jusqu'à en être naïf, toujours respectueux et d'une politesse irréprochable. Ces deux-là, au travers des cinq ou six arcs du volume, se battent puis s'aiment, remontent le temps, luttent pour des reliques surpuissantes, explorent des dimensions parallèles, et affrontent une brochette de sociétés secrètes, sectes, organisations paramilitaires, toutes plus infantilisées et ridiculisées les unes que les autres. Wall Street, Elvis, Jim Morrison, Kurt Cobain, le général MacArthur, etc. Tout ce beau monde passe à la moulinette. Cela aurait pu être jouissif si Van Lente avait contrôlé son délire saupoudré d'ésotérisme bidon de façon plus structurée et digeste. Hélas - c'est sans doute dû au format d'intégrale, l'accumulation de pages satiriques et cette imagination non canalisée finissent par lasser, les arcs étant de qualité inégale ("Mission : improbable" étant même pénible). Tim Powers, dont les romans (surtout "Les Chevaliers de la brune", 1979) ont visiblement influencé Van Lente, apparaît à deux reprises. Graphiquement, avec Henry, Lupacchino, ou Evans, c'est réussi, avec une certaine régularité que viennent troubler les "Bloodshot and H.A.R.D. Corps" (Raney, Cooper, et Barrionuevo) et le dernier chapitre "fourre-tout" (Villalobos). Cette intégrale est rééditée par la maison Bliss Comics en octobre 2018.
La traduction est plus ou moins également répartie entre Ben KG (studios MAKMA) et Florent Degletagne. Si le premier s'en sort avec deux fautes de français, le second les accumule (pas loin d'une douzaine) ; dommage pour le texte et pour les lecteurs.

L'intégrale "Archer & Armstrong" alterne le bon et le mauvais. Les épisodes réussis captivent, font invariablement sourire, mais le reste ennuie profondément et lasse vite. Malheureusement, il y a équilibre quantitatif entre les deux niveaux de qualité.

Mon verdict : ★★☆☆☆

3 commentaires:

  1. Quel boulot pour établir la liste de tous les créateurs !

    En amateur très enamouré de Barry Windsor Smith, je suis resté sur la première mouture. J'avais quand même tenté le premier tome en VO (épisodes 1 à 4) suite aux critiques unanimement louangeuses, et j'en suis resté là, ayant également trouvé le scénario et les blagues assez quelconques. Ton article met l'accent sur la qualité irrégulière et me conforte dans l'idée de ne pas en lire plus. Merci.

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    1. Je ne te cacherai pas que ma note aurait pu être plus sévère. Mais par égard pour les premiers épisodes qui m'ont vraiment diverti, j'en suis resté là. Le plaisir s'étiole fortement au fil des arcs. Même si certains "Ninjak" m'avaient déçu (surtout le second tome, en fait), "Archer & Armstrong" est ma première véritable déconvenue avec l'univers Valiant.
      Van Lente a aussi écrit "Ivar, Timewalker", dont je crains qu'il soit dans la même veine qu'"Archer & Armstrong". Possible que je regrette mon achat. Je le lirai très bientôt.

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  2. Autant j'ai trouvé Archer & Armstrong quelconque, autant j'ai pris beaucoup de plaisir à la lecture d'Ivar Timewalker, non pas pour les voyages temporels (très superficiels en termes de reconstitution d'une époque), mais pour la qualité de l'intrigue.

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