samedi 16 mars 2019

Grant Morrison présente Batman (tome 6) : "Batman contre Robin" (Urban Comics ; septembre 2013)

"Batman contre Robin", sorti dans la collection "DC Signatures" d'Urban Comics en septembre 2013, est le sixième volume de la série consacrée au Batman de Grant Morrison. Cet album cartonné de deux cent quinze planches approximativement (les bonus ne sont pas comptés) comprend les versions françaises des "Batman and Robin" #10 à 16 (mai à août, octobre et novembre 2010, janvier 2011) ainsi que le "Batman: The Return", de janvier 2011.
Morrison a écrit tous les épisodes. Quant à la partie graphique, sont à la réalisation : Andy Clarke sur les "Batman and Robin" 10-12 (encrage de Scott Hanna, mise en couleurs de Alex Sinclair et Tony Aviña), Frazer Irving sur les 13-15, puis Irving et Cameron Stewart sur le #16, dans lequel Chris Burnham dessine deux pages. David Finch illustre le "Batman: The Return" (encrage de Matt Banning et Ryan Winn, et mise en couleur de Peter Steigerwald).

À l'issue du tome précédent, Bruce Wayne revient à son époque et l'Hyper-Adaptateur est défait par la Ligue. Grièvement blessé, Batman est sauvé par sa volonté et le soutien de ses camarades.
Gotham City. Le conseil d'administration de Wayne Enterprises se réunit. Lucius Fox présente ses excuses à ses membres ; certes, cela n'est guère orthodoxe, mais il espère néanmoins qu'ils écouteront avec attention ce que le jeune Wayne a à leur dire. Sur ce, et sous leurs regards médusés, il laisse la parole à Damian. Le garçon commence par justifier l'absence de son père, qui n'est pas en mesure de participer à la séance de ce jour. Ils devront se satisfaire de lui ; mais ils ont de la chance, car Damian affirme savoir exactement ce qui ne fonctionne pas dans cette entreprise. Il a en effet constaté des irrégularités financières et a poussé son analyse. Il a ainsi relevé, parmi les nombreuses contributions du groupe à des œuvres de charité, un fonds établi au nom de Thomas Wayne pour les victimes d'accidents ferroviaires. Étrangement, son budget augmente systématiquement depuis quelques années sans que quiconque ici soit capable d'expliquer pourquoi...

Après un cinquième volume touffu, souvent sibyllin, et desservi par une hétérogénéité graphique trop évidente, ce sixième volet représente l'un des sommets de la série. Il est divisé en trois parties : deux arcs, "Batman contre Robin" et "Que meurent Batman et Robin", et "Batman : Le Retour", un chapitre en guise d'introduction à Batman, Inc. Les derniers éléments de l'intrigue tissée par Morrison depuis plusieurs numéros se mettent en place, et les énigmes finissent par se dévoiler (notamment celle des dominos). La curiosité du lecteur sera éveillée par l'exploration des recoins cachés du manoir Wayne, ou par l'histoire des ancêtres de la famille Wayne. Damian fait ici un choix ; il rompt les liens ténus qu'il avait avec sa mère, et révèle un attachement sincère à Richard Grayson. Morrison multiplie les références : à l'occultisme (au Lemegeton et ses démons), à Albrecht Dürer (1471-1528), aux expérimentations du psychologue Harry Harlow (1905-1981), ou aux théories de l'éthologue John B. Calhoun (1917-1995) (voir les bonus). Cela s'avère fascinant, mais si et seulement si le lecteur dispose des clés de déchiffrage ; sans elles, le texte reste hermétique, voire boursouflé, même si les nombreuses scènes d'action et le rythme frénétique sont suffisants pour passer un agréable moment. "Le Retour" est plus terre à terre, mais est tout aussi passionnant. Les illustrations sont brillantes, Clarke dans son trait réaliste, détaillé, minutieux et soigné, son utilisation de l'incrustation dans la structure des planches, et Irving dans son ton moderne, avec ses lumières au néon, son travail sur les couleurs et les teintes, les contrastes, avec ces aplats de noir et son découpage évolutif. Notons la référence au "Triomphe de la Mort" (1562), du peintre néerlandais Pieter Brueghel l'Ancien (1525-1569). Le classicisme de Stewart fait pâle figure à côté de l'ouvrage d'Irving, mais son talent est indéniable. Finch produit l'épilogue dans un style spectaculaire qui regorge de testostérone, mais aux visages assez inexpressifs, et souvent sortis du même moule.
La traduction est signée Alex Nikolavitch. Son travail sur le texte est honorable, mais une faute de grammaire et une coquille se sont malheureusement glissées dans le dernier chapitre. La maquette est irréprochable et les bonus sont indispensables.

"Batman contre Robin" est un album ardu, captivant, et riche en références à côté desquelles il est facile de passer par manque d'attention, et seul le fait d'accorder de l'importance à ces détails pourra permettre une expérience de lecture optimale.

Mon verdict : ★★★★☆

Barbuz

4 commentaires:

  1. Il s'agit d'un excellent souvenir de lecture en ce qui me concerne. En lisant ton commentaire, je m'aperçois que je suis passé à côté des références que tu cites (Lemegeton, Dürer, Harry Harlow, John B. Calhoun) : je n'avais su en voir aucune.

    J'avais autant aimé la minutie descriptive d'Andy Clarke, que les dessins plus expressionnistes de Frazer Irving, artiste dont j'ai par la suite activement recherché les autres réalisations (peu nombreuses). Je viens d'ailleurs de lire 8 pages de lui dans le tome 2 des Avengers de Jason Aaron, et il n'a rien perdu de sa force d'expression picturale. Morrison et lui ont également réalisé l'histoire complète intitulée Annihilator et publiée dans la collection Urban Indies.

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  2. Pour Dürer, c'est le titre d'un numéro ("Le Chevalier, la Mort et le Diable") ; quant aux autres, Morrison les explique dans les bonus. C'est pour ça que j'écris que ces derniers sont indispensables.
    J'adore Irving ; son travail est fantastique, d'autant que le gars fait tout lui-même (dessin, encrage, couleur).

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  3. Impressionnant de voir que tu as réussi à trouver toutes les références dont Morrison s’inspire ! Personnellement je me suis arrêté à une lecture plus simple et j’ai vraiment apprécié. D’ailleurs je pense me refaire le run de Morisson une fois par an et m’épaulerai de tes reviews ! Bref bien content de connaître ton blog. Au plaisir !

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    1. La plupart des références sont mentionnées par Morrison lui-même dans ses explications. Après, c'est pour moi un petit jeu d'essayer de les décrypter.
      Merci d'être passé et d'avoir laissé un mot !

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